Pour qui? Pour quoi?


A peine arrivée, j'ai eu envie de rédiger et d'illustrer nos découvertes et notre nouvelle vie. Pour ceux que ça intéresse, mais aussi pour nous, des fois que nos mémoires nous jouent des tours.

samedi 14 septembre 2013

Dylan

Il y a des rencontres imprévues qui enivrent. Nous avons rencontré Dylan dans un restaurant, House of Roosevelt, pas très chinois tout ça !

Erreur, Dylan est chinois, il vient, comme beaucoup de migrants à Shanghai, de la province de Anhui. Il a trouvé une place de serveur à Shanghai ou il a découvert, puis aimé le vin qu'il ne connaissait pas auparavant. Il est devenu passionné, prenant part à de nombreuses dégustations, puisqu'il en existe tant par ici, les Français, les Australiens, les Sud-Africains, les Chiliens, les États-uniens, les Allemands, les Italiens, les Espagnols, tous veulent nous faire goûter du vin et nous convaincre que le leur est exceptionnel. J'écris "nous", mais on lira "les 1.3 milliards de Chinois", ce qui représente un sacré marché. Pendant 7 ans, Dylan a travaillé dans un "bon" restaurant, puis le rêve est devenu réalité, une place de sommelier s'est libérée à House of Roosevelt, là ou il y a certainement la cave la plus riche de la ville.


Nous, nous ne savions pas tout ça, ne savions pas que ce restaurant avait une carte de vins impressionnante et une cave double de 5000 crus différents. C'est Dylan qui nous en a parlé. Il est venu nous conseiller pour un malheureux verre de vin, même pas une bouteille, avec sérieux et compétence. Voyant notre enthousiasme, il nous a proposé de nous faire visiter les caves après notre repas. C'est là qu'il nous a raconté un peu de sa vie et beaucoup de sa passion.


La cave principale est un magnifique endroit, difficile d'imaginer que nous sommes à Shanghai, sur le Bund. Les bouteilles sont classées par pays, puis par région. Entre chaque rangée, on a prévu des petits salons propices à la dégustation, accompagnée d'un cigare, cela va de soi (nous n'avons fait ni l'un ni l'autre).


Et puis, Dylan nous a conduit dans la cave secrète, celle à laquelle on accède en composant un code - secret, évidemment - sur un boitier caché dans un bibliothèque. Mystérieux, comme dans un bon film de quand on faisait de bons films mystérieux. Et la bibliothèque a coulissé, laissant apparaître une cave bien plus petite, sombre, température et humidité contrôlées et ajustées en permanence, la cave des grands crus. Et grands, ils l'étaient. Il nous a confié qu'à Shanghai on était plutôt Château Lafite, alors qu'à Beijing on préférait Château Latour... Nos yeux sortaient de leurs orbites et nous imaginions certains Chinois qui panachent de tels vins avec de la limonade...



Dylan, il en a goûté 2000 de tous ces vins, il en est fier, forcément, comme il est fier d'avoir obtenu ce job depuis un an. C'est son employeur devrait être fier d'avoir un tel sommelier qui sait partager sa passion avec tellement de gentillesse. Un jour, Dylan sortira de Chine et ira dans les vignobles du monde entier, il en est convaincu. J'espère qu'on lui réservera un accueil à la hauteur du sien.

vendredi 13 septembre 2013

Zenitude


J'ai déjà eu l'occasion de mentionner que les Chinois ne sont pas tous très zen, notamment sur da-ni-mon-oeil.blogspot.hk/2011/08/peut-on-se-gratter-les-pieds-dans-une-html. lls peuvent parfois être frustes et grossiers. L'histoire d'aujourd'hui en est une nouvelle preuve.

Cette histoire est l'occasion de montrer
les petits pantalons avec ouverture
que les enfants portent.  
Un couple a laissé son fils faire son petit pipi dans une rame de métro à une heure de pointe. Une passagère dont les pieds ont été aspergés a exprimé son mécontentement. D'autres passagers se sont également plaints, mais le couple a refusé de s'excuser. Comme c'est souvent le cas par ici, quelqu'un a filmé la scène et a mis la vidéo en ligne. On y voit le père s'en prendre aux passagers, donner des coups de pied à la dame aspergée et même menacer de tuer un homme. "Appelez donc la police", l'entend-on dire.


A partir de là, l'histoire devient encore plus chinoise. Je lis dans le Shanghai Daily que des officiels de la compagnie du métro et de la police l'ont ensuite éduqué, mais qu'ils n'ont rien pu faire d'autre car l'homme n'a enfreint aucune loi.

Le grand-père, qui a assisté à la scène et a essayé de retenir son fils, s'est senti obligé d'écrire un mot d'excuse  sur Internet et de réitérer ses excuses sur la télévision locale : "Mon fils est jeune et immature. Il a mal agi." Mais le bon peuple est fâché : Si le grand-père doit formuler des excuses, c'est que le père ne se rend pas compte de ses actes, il va recommencer..."

samedi 7 septembre 2013

Gare !


Songjiang Sud, Shanghai Sud, Hongqiao, Shanghai Nord, Meilong, Xinzhuang, Shanghai.... Non, ce n'est pas une comptine que les petits Chinois fredonnent à leur temps perdu, d'abord parce qu'ils ne perdent pas leur temps et surtout parce qu''ils seraient un peu stupides de répéter la liste (incomplète) des gares de Shanghai. Depuis la mise en service des trains à grande vitesse, quelques nouvelles gares ont vu le jour, mais celle que je préfère c'est celle qui s'appelle sobrement Shanghai.



Elle vit, elle grouille, elle accueille des milliers de personnes de tout le pays, elle représente aussi  la dernière image que certains se font de la ville. C'est là qu'on peut constater que tous les Chinois ne se ressemblent pas, ni dans la grandeur, ni dans la couleur de leur peau, ni dans les bagages qu'ils transportent. La gare de Shanghai, c'est un hub, une plateforme de rencontre et de croisement entre ceux qui voyagent en train (à grande vitesse ou en prenant leur temps), les voyageurs qui partent dans leur province en bus et ceux qui empruntent les lignes 1, 3 ou 4 du métro. Et les curieux, comme moi.

Le couloir de connexion entre les parties
Nord et Sud. Interdit de s'arreter annonce un des panneaux

Mais on peut quand meme faire des achats
de dernière minute...


... ou trouver un coin pour faire la sieste en attendant
son train

Un porteur attend des clients
La gare de Shanghai me fait rever. Oh, pas par sa beauté ou son exotisme. J'aime imaginer toutes ces vies qui commencent ou se terminent, tous les espoirs que représentent une arrivée à Shanghai, tous ces retours dans les villages les dos chargés de présents symbolisant réussite et fierté de pouvoir aider les parents moins chanceux ou audacieux qui ont du rester "au pays".







Je pourrais écrire qu'on l'a construite en 1987, rénovée en 2006, agrandie et rajeunie pour l'Expo de 2010. Mais ce n'est ni cette information ni son apparence ou son état qui la rendent si attachante et importante. Non, ce sont les gens que l'on y croise et qui me donnent envie d'y retourner un autre jour, à une autre heure. Pour rien. Pour y prendre un bol de Chine. Pour entendre battre le coeur de la ville.






jeudi 5 septembre 2013

Abolir 300 règles dépassées


Je lis :

" Le Parti communiste chinois qui comprend 80 millions de membres a annoncé qu'il allait continuer la révision de certaines règles commencée en juin. Plus de 40% des règles mises en place depuis la réforme de 1978 ont déjà été abolies ou déclarées invalides [...] 54 % de ces 300 règles ont été déclarées démodées, voire dépassées, les autres incompatibles avec la société actuelle.

En octobre, le Parti va commencer le nettoyage des lois de 1949 à 1978. En 64 ans, la Chine a connu de grands changements. En 1949, c'était un pays pauvre et isolé, alors que maintenant la Chine est devenue la 2e plus importante économie mondiale, fortement engagée dans la globalisation. Pour cette raison les vieilles règles contredisent les nouvelles, les nouvelles répudient les vieilles. [...]


Un système chaotique nuit à l'application de règles actuelles, crée des confusions, réduit l'efficacité et manque de crédibilité, commente le Parti. Par conséquent, la direction du Parti tient à cette campagne de nettoyage  qui aura désormais lieu régulièrement. Des systèmes efficaces doivent évaluer chaque règle, superviser sa mise en place et discipliner ceux qui la violeraient. [...] "

Xinhua (Agence Chine Nouvelle)

Je m’arrête, cela suffit, on comprend l'idée... Et j'en ai marre de cette langue de bois. J'aurais bien aimé un exemple, un seul tout petit exemple. Mais je vois bien, donner un exemple serait parlant, on pourrait comprendre, réfléchir à cette évolution de la Chine, voir ou elle aurait pu s'égarer, comment elle a éventuellement su rectifier le tir, quitte à se désolidariser des dirigeants de l'époque. Et au lieu de ça, on nous endort... le Parti a un beau futur, à l'image de son passé.

mardi 3 septembre 2013

Imparfait

Shanghai Tower, à droite, quand elle sera terminée
en 2014

Cette ville, ce pays ont le don de déclencher en moi une foule de sentiments contradictoires au quotidien. Tous les jours je suis submergée de questions, d'observations fascinantes et incompréhensibles, c'est ce qui transforme mon séjour ici en véritable aventure et qui va m'accompagner pour le reste de ma vie. Quel drole de début, qu'est-ce qui me prend? est-ce que je deviens déjà nostalgique à 10 mois de mon départ de Shanghai? Tout ça pour parler d'imperfection...

Shanghai Tower, aout 2013, qui ne va plus grandir
mais qui devra encore s'habiller
Ici, on enchaine performances et records, on en a parfois le souffle coupé. Un exemple? D'accord... prenons la nouvelle tour, celle qui s'appelle Shanghai Tower (Tour Shanghai, en toute simplicité), 2e construction la plus haute du monde quand elle sera terminée en 2014, 632 m, 127 étages, un batiment imposant, une technique de construction impressionnante que nous observons mois après mois depuis notre arrivée. On ne peut que tirer notre chapeau, bravo les Chinois! Cette performance n'est de loin pas la seule...

Les différentes étapes de la construction
qui m'épatent

Dans la meme ville, en meme temps, on remarque exactement le contraire : imprécisions, baclages, finitions douteuses ou absentes, manque de réflexion, on bosse vite, mais pas toujours bien. Combien de portes mal ajustées, de fenetres qui ne se ferment ou ne s'ouvrent pas, de cables qui trainent et qui énervent un peu? Combien d'approximations qui nous font sourire ou carrément éclater de rire? Dans l'appartement du dessous, nos voisins ont décidé de faire poser des fenetres à leur balcon. Les ouvriers ont coupé, fraisé, troué, tapé, percé, ... pendant quelques jurs pour poser les dites fenetres, que nous avons "admirées" depuis en haut, sans jalousie aucune. Quelques jours plus tard, on a entendu taper, crier, trouer, ... les fenetres étaient enlevées, pour etre remplacées par d'autres. Je l'ai écrit récemment  le shopping mall d'en face est très luxueux. J'ai vu des ouvriers s'affairer à aligner pavés et dalles tout autour... laissant le dernier mètre tel qu'il l'avait été avant la construction, plein de trous et de raisons de se tordre les pieds. Les belles qui iront chez Versace ou Stella McCartney apprécieront.

Est-ce qu'ils n'avaient plus de sous pour refaire
tout le trottoir?

Et une dernière photo pour la route, on ne s'est pas embarrassé de balayer la route avant de peindre les lignes d'un passage pour piétons, c'est très joli.

J'espère que ça leur donnera des idées de
pochoir

dimanche 1 septembre 2013

Nanchang Lu


Je dois déjà l'avoir écrit, les rues de Shanghai portent toutes des noms de villes ou de provinces. La nôtre maintenant s'appelle Nanchang Lu et Nanchang est une ville de quelque 5 millions d'habitants, capitale du Jiangxi, réputée pour sa porcelaine et ses céramiques.

Le Jiangxi dont la capitale est Nanchang

Notre rue s'est d'abord appelée Route des Officiers, puis Route Dolfus en 1921 en l'honneur de Robert Dolfus, un Français qui n'a pas autrement laissé de trace. On sait qu'en 1937 le campus de l'Université Jinan s'est développé là, pour être fermé en 1949 et ré-ouvert en 1957 à Guangzhou (Canton). C'est tout. Une petite rue ombragée, tellement agréable pour nous protéger du soleil de plomb de l'été. Une petite rue bien paisible, parallèle à la "grande" Huaihai Lu qui attire luxe et foules à deux pas au nord. Une petite rue bien shanghaienne.... Assez causé, photos !


La centaine de mètres devant notre compound est en pleine mutation, particulièrement sur son coté nord, arrivée de la ligne 10 du métro en 2010, ouverture récente et progressive d'un shopping mall . Sur cette même section, mais trottoir sud, les échoppes se ferment et s'ouvrent, mais conservent la même mission : satisfaire notre estomac et nos papilles.

Avec les camionnettes, les taxis, les vélos,
les piétons, les recycleurs, ..., les espaces attribués
aux uns et aux autres sont un peu confus.


    
Plus loin, de l'autre coté de Shaanxi Nan Lu, c'est plus modéré et silencieux. Attention, je n'ai pas dit "sûr", un scooter sur le trottoir, ça existe partout, et des véhicules qui passe lorsque leur feu est rouge aussi !



Il ne faut pas manquer les petites
boutiques bien cachées
Nanchang Lu, c'est avant tout un échantillon de la diversité des habitants de cette ville.







Je suis bien contente d'en faire partie.