Pour qui? Pour quoi?


A peine arrivée, j'ai eu envie de rédiger et d'illustrer nos découvertes et notre nouvelle vie. Pour ceux que ça intéresse, mais aussi pour nous, des fois que nos mémoires nous jouent des tours.
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dimanche 10 novembre 2013

Gars de Shanghai, planque ton fric !

Illustration : Zhou Tao/Shanghai Daily

Les filles de Shanghai intriguent. Moi en premier. J'en avais parlé en décembre 2011 quand j'avais pris conscience que nous avions affaire à une catégorie de Chinoises bien déterminée, reconnue comme telle loin à la ronde. Mes amis (et amies) en visite découvrent aussi la Shanghai Girl et n'hésitent pas à attribuer ce titre à toute jolie demoiselle de moins de... disons... trente ans. Bien sûr, il y a celles qui ressortent du centre commercial en face de chez moi encombrées de sacs Prada et Jimmy Choo, celles qui conduisent à plein gaz dans ma petite rue une Ferrari, celles qui jettent un regard méprisant à toute autre femme n'appartenant pas à leur cercle distinctif, celles que l'on remarque. Et il y a toutes les autres, celles qui passent incognito, mais qui sont fidèles à leur réputation : autoritaires, lucides, prévoyantes, débrouillardes. Particulièrement avec leurs époux.

Une balade typique, c'est lui qui porte
le sac de sa belle

Une vraie femme de Shanghai n'hésite pas une seconde quand on lui demande quel est le montant du salaire de son mari,  elle le connaît, elle le gère, car son homme. traditionnellement, lui refile tout son salaire, ne s'attendant à recevoir qu'un peu d'argent de poche en retour. Un proverbe local que les petites filles connaissent bien l’illustre clairement : " Après le mariage, ce qui est mien reste mien et ce qui est tien est aussi mien. " Les mères veillent au grain, après tout un homme sans argent aura moins la tentation d'entretenir une maîtresse !

Quelques hommes de Shanghai...



L'homme de Shanghai fait sourire ceux d'ailleurs en Chine, cultivé et doux, paraît-il, faible et docile, incapable de contredire son épouse quand il s'agit d'argent, une manière de démontrer son affection et respect. " Lorsqu'une femme prend de l'âge, sa beauté s'en va, elle perd confiance en elle et craint que son mari soit attiré par quelqu'un de plus jeune, " commente un Monsieur Zhang. Un mufle lucide, je suppose. Notre héro du jour ne s'arrête pas là, il a trouvé une parade, il met de l'argent de côté, sans en informer Madame, " pour la paix du ménage. " 


Qu'on se rassure, il n'est pas le seul, Zhang, à faire des cachotteries à sa femme. Certains mentent sur le montant de leur salaire. D'autres planquent de petites sommes entre deux livres, dans un vase, sous ou dans le matelas, d'autres encore ouvrent un compte secret à la banque. Plus ils gagnent d'argent, plus ils sont tentés de ne pas tout déclarer à leur épouse. Pour de bonnes raisons : faire des cadeaux à son fils né d'un premier mariage, ou à ses parents qui ne sont pas bien considérés par sa femme, prendre un verre ou un repas avec des copains... Les cagnottes sous le matelas ont même un nom : si fang qian ( 私房钱), littéralement argent privé du ménage. C'est plus facile lorsqu'on a un certain salaire, qu'on appartient à cette middle class difficile à définir par ici, heures supplémentaires, notes de frais, bonus...


Un psychologue commente : " Chaque couple est différent. Cette pratique - Madame gère l'argent, Monsieur cache de l'argent - dépend d'elle, si elle est attirée par l'argent. Mieux il la connaît, mieux il saura se débrouiller sans faire de vague. " Parole de sage.



Est-ce que les femmes sont au courant ?  Souvent, oui, elles ferment les yeux et restent discrètes sur le sujet. " Quand il revient avec un iPhone ou un attaché-case de marque, je sais mais je ne lui demande rien. C'est un compromis qui nous convient ", Madame Zhu explique. Une autre dame, Xu, a lu attentivement le relevé de carte de crédit de son mari. Le 300 dollars pour un repas pour 2 personnes sur le Bund on eu raison de son mariage.

Et lui, fait-il des heures sup ?

Ce n'est pas la première fois que je constate que Shanghai est un peu le monde à l'envers...

Il va de soi que je n'ai rien inventé, tout cela est le fruit d'une recherche publiée par Horizon Key Research Co.

jeudi 4 avril 2013

Qingming

 

 Le nom de Qingming (清明) désigne l'une des vingt-quatre périodes solaires du calendrier agricole chinois, qui recouvre à peu près les deux premières semaines d'avril. Son nom, que l'on peut traduire en français par "pureté (de l'air) et lumière" indique les caractéristiques climatiques de la période. C'était autrefois l'époque où les paysans préparaient et vérifiaient le matériel nécessaire aux activités agricoles et séricoles à venir.

Qīngmíng jié (清明节), la Fête de Qing Ming, est un jour désigné en Chine comme journée nationale de nettoyage des tombes depuis 1935. De nos jours, Qīngmíng jié est donc réduit à une journée consacrée à l'entretien des tombes, un peu comme la Toussaint, mais il s'agissait à l'origine d'une période plus longue rassemblant des rituels et activités d'origines différentes. Qīngmíng jié est devenu un jour férié depuis 2008, le 4 ou le 5 avril. Cette année, la fête a été fixée au 4 avril, le 5 est considéré comme férié, le 6 fait encore partie du bloc de vacances officielles, mais dimanche 7 devient un jour de travail. Pendant ces 3 jours de vacances, les chinois partagent la tristesse et la joie du printemps.


Les Chinois ont plusieurs traditions pour célébrer cette fête. C’est de nos jours un jour de réunion familiale, avec des banquets et c’est une occasion d’entretenir les cimetières. On nettoie d’abord la tombe, ensuite on profite de la visite pour offrir un cadeau : nourriture, un bouquet de fleurs, des objets qui plaisaient au défunt. Dans les grandes villes, les cimetières sont remplacés par des colombarium où les coffrets renfermant les cendres des défunts sont conservés dans des cases. Les familles viennent chercher les coffrets, et les rapportent après une cérémonie familiale. A la campagne, la famille se réunit auprès des tombes familiales dans les champs, pour un repas après avoir désherbé les buttes de terre qui les marquent. Il était de tradition de brûler des billets mais maintenant cette pratique est déconseillée par le gouvernement.


Près de chez nous, dans le district de Quingpu, plus de 160 parents se sont réunis pour lâcher des ballons, écrire des cartes et prier pour leur seul et unique enfant décédé. Environ 7000 familles sont enregistrées comme telles, mais les chiffres peuvent tromper. Certains parents n'ont pas vu la nécessité de s'enregistrer comme telles car si leur enfant avait plus de 16 ans, ils ne toucheraient plus de subsides (5000 yuans lors du décès, puis une allocation mensuelle de 250 à yuans pour chaque parent, lors de leur retraite). On se rappelle qu'en Chine, ce sont les enfants qui prennent soin de leurs parents quand ceux-ci n'ont plus les ressources nécessaires.


J'avoue que cette politique de l'enfant unique, qui est en train de s'assouplir, me turlupine. Je me demande et je demande autour de moi, au risque de paraître stupide ou naïve, des choses comme : que se passe-t-il lorsqu'une femme attend des jumeaux, ou qu'elle donne naissance à un enfant handicapé ? Peut-être simple, stupide et naïf, n'empêche que je n'ai jamais obtenu de réponse claire. Et, bien sûr, c'est la première chose à laquelle je pense quand une catastrophe a lieu : dans quel état de détresse doivent se trouver les parents qui ont perdu leur unique enfant ? Je me dis qu'on peut en avoir dix et que chacun d'entre eux est une personne unique dont la perte rendra toujours l'édifice familial bancal. La perte de l'enfant unique a la triste particularité de faire disparaître l'idée de famille. Peut-être que je suis particulièrement sensible à ce thème, moi, mère et fille unique.

vendredi 8 mars 2013

Journée de la femme (chinoise)









J'attaque ce sujet d'actualité alors que les collègues féminines de Fred auront congé cet après-midi. Par hasard, mon quotidien évoque cette semaine deux aspects de la vie de la femme chinoise.
 

Le premier mentionne que beaucoup de jeunes couples comptent  énormément sur leurs parents. Dans un premier temps, on invite les parents à vivre avec les jeunes, pour des raisons tout à fait honorables : prendre soin des aînés. Dans les faits, il en est tout autre. Ce sont les parents qui se tapent les corvées domestiques pendant que les jeunes travaillent. On a même donné à cette génération un nom, la génération "touche pas à la casserole". Et si les parents ne partagent pas l'appartement de leurs enfants, ces derniers s'arrangent pour vivre dans le même quartier, on va manger tous les soirs chez les parents et on en revient avec une boîte pour le repas de midi du lendemain. Cette distance, qui offre aux uns et aux autres davantage de liberté, porte aussi un nom : la "distance d'un bol de soupe", assez courte pour que le potage n'ait pas le temps de refroidir.  En dernier recours, on engage une ayi (aide domestique) qu'on dit traiter comme un membre de la famille. 


Des mères et des filles





















La faute à qui? Aux parents d'abord. A force d'avoir tout misé sur les études et la carrière de leur chéri(e), ils en ont oublié d'aborder les tâches domestiques, faire à manger, nettoyer, faire la lessive et se prendre en charge en général. En septembre, l'Université Tongji de Shanghai a dû fermer ses portes aux parents des étudiants et interdire les téléphones (de parents inquiets que leurs rejetons aient pris les bons livres, aient assez d'argent, ...). Alors, bien sûr, certains étudiants, se sentant si soutenus, ont engagé des ayis pour s'occuper d'eux et de l'entretien de leur dortoir. C'est tellement bon marché qu'en partageant le salaire entre douze personnes, ça devient quasi une bouchée de pain. Et pour les repas, les nouilles dans lesquels on ajoute de l'eau chaude font l'affaire.


Un autre sujet, le divorce. Il semble que ces quelques derniers jours il ait la cote. Il faut dire que le gouvernement central vient de décider de taxer lourdement les gains sur le profit fait sur les ventes immobilières. Il faut bien comprendre qu'un appartement, ça va, mais plus, ça taxe. Imaginons un gentil petit couple ayant deux appartements. Qu'il veut vendre car le marché se porte bien. Il devra verser un somme rondelette au gouvernement. Par contre, si les tourtereaux se divorcent "par manque d'affection mutuelle" (terme en général utilisé en Chine dans ces cas), chacun repart avec un appartement, que l'un d'entre eux peut revendre. Comme ici, c'est en général Madame qui tient les cordons de la bourse, on peut dire que la Chinoise est futée. Et après, on se remarie.

 



















Les officiers d'état civil sont crevés et débordés. Ils ne souhaitent pas mentionner de chiffre par crainte de donner des idéees à ceux qui n'y auraient encore pas pensé. L'un d'entre eux met en garde : attention aux risques encourus, certain(e)s pourraient servir de cette stratégie pour se débarrasser d'un(e) partenaire encombrant(e).


jeudi 13 décembre 2012

Relations familiales compliquées

Un frère et une sœur de la famille "Angry pandas"
Les relations familiales, c'est compliqué. Je ne parle pas de les gérer, c'est de les décrire qui est difficile. Déjà dans notre propre langue, savoir si Jean est un cousin ou un oncle peut poser des problèmes à certains. Dans les familles simples. Dans les familles "modernes", celles qui se sont décomposées et recomposées, c'est encore plus complexe. Il n'existe pas toujours des mots. Je connaissais quelqu'un qui me parlait de sa "quart-soeur"...

En Chine, c'est l'enfer, et je mesure mes paroles. Il existe un mot précis pour chaque relation. Voyons plutôt :


Et nous ne parlons pas d'une famille "moderne" à l'occidentale, ni d'une famille chinoise d'avant le communisme avec des enfants à tous les étages.

Quelques précisions encore :
  • bobo est l'oncle plus âgé que le père, s'il s'agit d'un oncle plus jeune, il sera alors shushu 叔叔.
  • C'est intéressant de savoir que beaucoup de termes du côté de la femme sont précédés de wai 外 qui signifie étranger.
Un père et son fils
Bien avant de venir vivre en Chine ou de savoir que j'allais le faire, j'avais lu un roman de Xinran, Baguettes chinoises. J'avais été surprise et amusée qu'un père nomme ses filles par leur numéro d'apparition dans la famille. Maintenant je le serais moins. Dans les quelques familles nombreuses qu'il existe encore, les enfants portent un nom; par contre les oncles et tantes reçoivent un numéro.

Un grand-père et sa petite fille.
En français, on ne sait pas s'il s'agit de la fille
de sa fille ou de son fils

mercredi 12 septembre 2012

C'est un garçon !


Deux jours, coup sur coup, Fred a reçu des œufs. Pas pourris d'un public qui n'apprécierait ses prestations. Non, pelés, deux à la fois, emballés individuellement dans du plastique.


Deux œufs et un bonbon dans un joli emballage, rouge what else?, nous annonçant que c'est un garçon.


On pourrait s'imaginer qu'il s'agit d'un cadeau d'un collaborateur à son chef. Tout faux ! Chaque collaborateur a reçu sa boîte, une fois offerte par un collègue au 7e ciel d'être devenu le père d'un petit garçon. Le premier cadeau, par contre, m'étonne davantage. C'est une ayi, femme de ménage en charge de la conciergerie, qui a offert à tout le monde le même genre de présent pour la naissance de son petit-fils, fils de sa fille.


J'ai décidé de sonder internet pour savoir pourquoi on offrait des œufs. J'ai trouvé des informations, pas exactement ce que je cherchais, mais quand même intéressantes. En voici un petit condensé.
  • Tout d'abord, il semble qu'un bébé n'aura pas de nom avant la fin de son premier mois. La mortalité infantile ayant été très élevée, un enfant n'était pas accepté formellement dans sa famille avant. Il semble que ce soit encore courant de nos jours.
  • En tant que premier rite d'une vie, les rituels de naissance consistent en une série de cérémonies comportant celles des trois matins, du premier mois, des premiers cent jours et de l'année complète de vie du bébé.
  • Les trois matins : fait référence à la cérémonie de naissance qui se tient le troisième matin après que le bébé soit né. Des œufs peints en rouge, de fines nouilles sèches, des gâteaux de graines, et autres aliments sont envoyés par la grand-mère du bébé pour célébrer sa naissance. Plus tard, se déroule une cérémonie du bain donné au bébé, dans laquelle on utilise de l'eau chaude, bouillie avec des plantes médicinales. Dans le même temps, le bébé est béni pour éloigner les mauvais esprits. 
  • Le trentième jour : Le trentième jour après que le bébé soit né, une cérémonie de rasage de la tête a lieu. Elle est relativement solennelle parmi les anciennes cérémonies. Lors de cette cérémonie, la tête du bébé est rasée par un coiffeur à qui les parents donnent ensuite un cadeau. Les cheveux foetaux du bébé seront rangés ou suspendus au chevet du lit. 
  • Le centième jour : Le centième jour après que le bébé soit né, des cérémonies de rencontre de l'oncle maternel et de baptême se tiennent, ce dernier étant le but principal. Des caractères prometteurs comme "gui'er" ( 瑰儿) et "xiang'er" (祥儿), qui signifient respectivement "noble" et "propice", sont populaires. Il est aussi répandu dans certaines régions de choisir des petits noms ou des noms avec un sens d'invocations tels que "toutou" ou "chaton" aussi bien que "Suozhu" (锁住) et "Shuanzhu" (拴住) (qui signifient respectivement fermer et attacher). Il existe aussi une coutume répandue en Chine du Sud consistant à appeler un bébé d'après son poids, comme "sept jin" (七 住) ou "neuf jin" (九住) (respectivement 3,5kg et 4,5kg). Une coutume Mandchoue consiste aussi à nommer le bébé selon l'âge du "shaikh" (homme âgé et sage). Au cas ou le grand-père, par exemple, a 88 ans à la naissance du bébé, ce dernier s'appellera "quatre-vingt-huit".

Et je n'ai bien sûr rien trouvé sur la naissance des filles...

vendredi 1 juin 2012

A la recherche de l'âme soeur

(Shanghai Daily)

Je sais, j'ai déjà mentionné ces parents qui essaient par tous les moyens de trouver un(e) conjoint(e) pour leur progéniture : http://da-ni-mon-oeil.blogspot.ch/2011/07/hymne-lamour.html.

Chaque fois qu'on me demande de montrer un aspect de Shanghai qui ne figure pas ou peu dans les guides de voyage, la rencontre des parents dans le Parc du Peuple figure tout en haut de la liste, que j'accompagne toutefois de la recommandation de ne pas jouer aux voyeurs.

Connaissent-ils l'angoisse de leurs parents?
Alors, pourquoi y revenir? Parce que l'événement dont je vais parler nous fait passer à la vitesse supérieure. Voyons plutôt.

 Le week-end passé a eu lieu à Shanghai un festival de parents angoissés, organisé par la Shanghai Matchmaking Association. 40 000 participants sur deux jours! Des bruits ont même couru que cet événement pourrait avoir lieu deux fois par an, mais finalement les organisateurs ont décidé qu'une seule fois suffisait.

Ont-ils tous trouvé l'âme sœur?
Suivons donc Sylvia Wang, 24 ans, qui, en compagnie d'autres jeunes femmes, a participé masquée à un afternoon tea. L'utilisation de masques est encouragée pour apporter un peu de mystère à une bête rencontre de speed dating, le masque pouvant tomber lors d'un prochain rendez-vous, si entente bien sûr. Sylvia, détentrice d'un master en relations commerciales obtenu aux USA, est venue avec sa mère. La mère recherche pour sa fille avant tout un homme avec appartement et voiture, alors que la fille préfèrerait un gentil garçon avec qui elle pourrait avoir des points en commun. "Le temps passe vite. J'ai vu tellement de filles qui ne parvenaient pas à se marier parce qu'elles ne s'étaient pas inquiétées de trouver un bon parti. Je ne veux pas que cela arrive à ma fille", a expliqué la maman au Shanghai Daily. Sylvia est assez déçue de cette visite. Nombreux sont les stands commerciaux, des cartes de crédit aux appartements, en passant par la chirurgie esthétique.

Pauvres enfants... ils ne savent pas ce qui
les attend.
Il n'y a pas que les filles qui subissent les pressions de leurs parents. Ye Peiyi, 28 ans, ingénieur en communications, est aussi de la partie, à cause de ses parents, même s'il se dit peu concerné par le mariage. La petite Sylvia, elle ne lui plaît pas?

Et elles, ont-elles trouvé l'âme sœur?
En tous cas, au moment de la photo, elles se
disputaient comme un vieux couple.
Les parents ont dû payer l'entrée sur le site de l'Expo pour en limiter le nombre, quand même 8000 le premier jour (et sûrement tout autant le dimanche). Il y avait plus de femmes que d'hommes à la recherche du grand amour. Avis aux amateurs...

jeudi 9 février 2012

Virginité

Bon, Madonna n'est pas l'idée de tout le monde pour illustrer le sujet.
Mais ce n'est pas facile de trouver des photos pour accompagner cet article !
 
Madonna chantait en 1984
Like a virgin, touched for the very first time.
Like a virgin
When your heart beats
Next to mine

On aurait pu penser qu'en 2012, en Chine moderne, la virginité n'était plus considérée comme importante. Et pourtant !

Un produit appelé "faiseur de vierge" vient d'être retiré du marché car des médecins ont mis en garde les utilisatrices contre de graves infections. Il s'agit d'un hymen artificiel qui diffuse du collagène teinté (rouge, on ne peut obtenir d'autres modèles...). Et le gars, tellement fier de sa conquête, n'y voit que du feu.

De faux médicaments, il en existe à la pelle, comme c'est le cas pour plein d'autres produits (cf. marché du faux). Il y a même des hôpitaux qui en achètent, en pensant qu'il s'agit des vrais, enfin j'aime bien le croire.

Ce produit s'achetait sur Taobao pour 100 ou 150 yuans et avait un franc succès. Dans les commentaires, on trouvait plus de 200 notes vantant l'article :
  • Mon mari a vraiment cru que j'étais vierge.
  • Ça a bien marché. Mon copain m'appelle maintenant tous les jours.
  • Le sang n'avait pas l'air très vrai, mais dans la lumière tamisée, il n'a rien remarqué.
Une gynécologue offre tout de même un conseil, pourquoi ne pas envisager la chirurgie pour réparer cet hymen ? Il semble que cette intervention soit particulièrement recherchée par les femmes autour de 30 ans. 

Un microblogger commente : "J'ai de la peine à croire que tant de femmes soient prêtes à acheter de tels produits pour satisfaire leur mari ou ami. Et que tant de Chinois ne peuvent pas se défaire du complexe de la vierge."

Alors, romantiques les Chinois ?

Moi je me dis que si ce point est si important, il y aurait une autre solution, l'abstinence. Pourtant dans l'article que j'ai sous les yeux, il n'en est à aucun moment question. Est-ce que je deviendrais moralisatrice ?


vendredi 18 novembre 2011

Education sexuelle


L'article de journal sur lequel je me base note en titre : "No sex education please, we're Chinese" (Svp, pas d'éducation sexuelle, nous sommes chinois). Il m'a fait penser à "No sex please, we're British" (Svp pas de sexe, nous sommes britanniques), une pièce très populaire à Londres dans les années 70. Il m'a fait rire (c'est fou ce qu'on rit pour un rien à Shanghai). Et c'est bien le seul moment où on rit parce que l'article dépeint une situation plutôt désolante.

Trouver des photos pour ce sujet s'est avéré
difficile. Parmi les miennes, il faut chercher le lien
(ici : un marchand de cadenas!!!) et heureusement
j'ai trouvé mieux sur Internet.


Des adolescentes de plus en plus jeunes font appel à des cliniques pour avorter ou donnent naissance à leur bébé dans des endroits improbables. J'imagine qu'il y a aussi de tels cas ailleurs qu'en Chine. Je crois cependant qu'ici on cumule les situations chinoises, telles que forcer une toute jeune fille à avoir des relations sexuelles avec un vieux (genre 60 ans...) aux situations que nous connaissons en occident, mais sans informations préalables, sans cours d'éducation sexuelle.


Un papa berçant sa petite, c'est moins tiré
par les cheveux


Les parents trouvent en général que de parler d'éducation sexuelle avec leur enfant n'est pas utile, les gosses vont déjà bien apprendre en grandissant, inutile d'en faire tout un plat. Au contraire, en parler pourrait leur donner des idées et les pousser sur un mauvais chemin, "si mon enfant ne connait rien du sexe, il ne saura même pas que ça existe".  C'est aussi un tabou en Chine ou, en tous cas, les parents sont trop gênés pour en parler. Il en va de même pour la plupart des écoles. La directrice d'une des écoles de mon quartiers avance un argument de poids : "Le système scolaire chinois ne prévoit pas de poste pour l'enseignement de l'éducation sexuelle. Pas de poste, pas de salaire." Ben voyons. D'autres responsables d'écoles sont plus progressistes en la matière, ils laissent une petite place à l'éducation sexuelle dans les cours de biologie. Et d'autres encore ont mis en place une salle de consultation psychologique pour les adolescents dans laquelle on peut retrouver les profs de biologie et des "instructeurs de santé mentale" (!!!) pour lesquels, je suppose, on a un budget. Je me demande s'ils répondent à des questions que se posent les adolescentes chinoises telles que :
  • Est-ce que je vais tomber enceinte si mon copain m'embrasse?
  • Est-ce que je peux avoir un autre avortement un mois après le premier?




Il y a quand même des écoles qui se lancent...
mais pas toujours avec l’approbation des parents


Apparemment, ça ne suffit pas.Les cliniques sont surchargées quelques mois après les vacances d'été. On peut y rencontrer des filles qui ont déjà subi 13 avortements ou d'autres qui n'ont que 13 ans. Comme le nombre de filles est en nette hausse depuis 2006, certaines cliniques ont mis en place une hotline qui permet d'offrir des consultations gratuites. Il ne s'agit alors pas d'informer ou d'éduquer, mais d'agir vite, 10% des filles ont déjà eu 2 avortements, 3% plus de 3 avortements, 3% ont utilisé la pilule du lendemain et aussi 3% ont fait appel à des moyens plus "artisanaux" pour avorter. 30% des filles trouvent que l'avortement n'est rien de grave et 50% n'ont pas d'avis. Le 20% restant exprime de la peur à l'idée de tomber enceinte.


 La directrice d'une de ces cliniques, celle qui a lancé la hotline, s'inquiète de l'évolution de ces 5 dernières années, particulièrement du fait que les adolescentes qui ont besoin d'aide ont souvent 14 ou 15 ans. "J'essaie de les inciter à se protéger lors de relations sexuelles, pour éviter une grossesse bien sûr, mais aussi contre les maladies sexuellement transmissibles. Tout ce qu'elles répondent à mes recommandations est qu'on les débarrasse du bébé." Alors, elle, elle aimerait bien que les parents et l'école s'occupent d'éducation sexuelle.


 

J'ai déjà cet article en tête lorsque j'écoute Les ados face au sexe sur RSR.ch. Ici, clairement nous sommes dans un autre monde!