Pour qui? Pour quoi?


A peine arrivée, j'ai eu envie de rédiger et d'illustrer nos découvertes et notre nouvelle vie. Pour ceux que ça intéresse, mais aussi pour nous, des fois que nos mémoires nous jouent des tours.

mercredi 18 avril 2012

O sole mio


Le 20 mars, nous attendions la décision du Département du Commerce des États-Unis concernant l'importation de panneaux solaires : seraient-ils lourdement taxés ? Et il n'y a pas que ça. Si les panneaux solaires "chinois" étaient taxés, alors les Chinois, eux, taxeraient les machines en provenance des USA.


Il faut dire que les US sont en année électorale, on promet, on promet. Et que les Chinois, il ne faut pas trop les embêter car ils ont les moyens et le poids pour répliquer. Émois.


De ce côté-ci, on nous dit que les Américains feraient bien de réfléchir. En bloquant les panneaux solaires chinois, la production d'énergie solaire va coûter plus cher, donc diminuer les chances de relancer l'emploi aux US dans ce domaine.


Il semble qu'il y ait en plus tout un tas d'autres éléments, notamment un producteur qui pourrait être le seul à tirer son épingle du jeu. J'avoue, je n'ai pas bien compris, toutes ces histoires s'emmêlent vite dans ma tête...


Par contre, ce que je comprends c'est que nous dépendons (un peu ? beaucoup ?) de cette décision. Une entreprise qui vend des machines provenant des USA (qui pourraient donc être taxées lourdement) à des clients chinois qui fabriquent des panneaux solaires pour le monde (dont les US, donc méchamment taxés), ça pourrait changer notre vie. Heureusement, aucune décision n'a encore été prise définitivement. On attend mai...


J'en profite pour ajouter à ce billet plein d'incertitudes que j'entends souvent à la radio des spécialistes commenter l'approvisionnement en énergie en Suisse et en Europe. Souvent il est question de ces méchants Chinois qui fabriquent des panneaux solaires de mauvaise qualité. Je garde ces extraits et les fait entendre à notre "spécialiste" qui s'énerve très vite en les écoutant, puisque ces panneaux solaires, souvent, sont fabriqués avec des machines occidentales. C'est juste qu'ici, quand il est question de production, il s'agit de maousse production, dans des usines qui ressemblent à des villes, pas de trois-quatre panneaux qui se courent après dans une arrière-boutique. D'une telle usine, on en voit quelques photos prises lors d'un mariage qui avait lieu dans l'usine.

mardi 17 avril 2012

Propre en ordre ?

Une poubelle "du matin", fière de son allure
Ma marchande de thé m'a dit qu'elle venait de province proche de Shanghai, l'Anhui. Il y a beaucoup de migrants qui proviennent de là, parce que c'est assez proche et, paraît-il, assez pauvre aussi. Quand je lui ai demandé si elle se plaisait à Shanghai, si elle avait envie de retourner "chez elle", elle m'a répondu qu'elle préférait rester ici car c'est tellement propre, même si la vie est chère.

Tout pour le nettoyage dans ce magasin
La vie est chère, c'est sûr. Par contre, propre n'est pas exactement l'adjectif que j'aurais utilisé pour Shanghai. Pourtant, depuis janvier, sa remarque m'a trotté dans la tête. C'est vrai que chaque jour les rues sont nettoyées, balayées, inondées, ... plusieurs fois par jour. La municipalité ne lésine pas sur les moyens.

 On reprendra bien un coup de camion nettoyeur, non?









Les balais sont faits "maison" avec des branches issues
de la taille des arbres





















A Chongqing, c'est avec un savant mélange
de branches et de papier déchiqueté que
les balais sont construits
Aussi à Chongqing, la ramassoire est
bricolée avec une boîte en fer blanc.



On peut acheter balais de branchages
à tous les coins de rue
On a pu voir cette dame qui nettoyait la pelouse
dans un festival de musique. Dans les boîtes
de nuit aussi, il y a des gens qui passent la
balayette entre nos jambes.
 Et chaque soir, des détritus jonchent les trottoirs, mais pas juste le petit papier de bonbon. Non, les poubelles sont vidées sur les trottoirs, on suppose par ceux qui sont à la recherche de bouteille en PET vides et autres conteneurs recyclables. Certains déposent des sacs d'ordures aux pieds des arbres, à quelques mètres d'une poubelle en parfait état de marche.

Une poubelle en fin de journée
Un autre modèle, devant des commerces









Plus de poubelle, mais des déchets sur le trottoir



J'avais lu à propos des Philippines que tout ce qui appartenait au domaine public ne méritait pas la considération des gens. J'ai comme l'impression qu'en Chine, il doit y avoir un peu de cela.

Pour finir avec une image plus gaie...

lundi 16 avril 2012

Comment les Chinois apprennent le chinois...

Dans le métro...
Les photos de ce billet n'ont pas vraiment de lien
avec le sujet, sinon de figurer sur la même page !
" La langue forme l'esprit ", c'est le President d'alors Jiang Zemin qui l'a dit à Bill Gates en 1994 et il a continué en lui conseillant d'apprendre le chinois et sa culture pour une plus intense collaboration. Je ne connais pas la suite de l'histoire... Quelle entrée en matière !

Les langues occidentales avec leurs quelque 26 lettres sont basées sur le son. Les caractères chinois, au contraire, sont symboliques et porteurs de sens. Chaque caractère est écrit dans un carré et consiste en une partie symbolique (le sens) et une partie "son" (la prononciation). Parfois un caractère n'a pas de sens s'il est tout seul, parfois un caractère a plusieurs sens.

YOU CAN  NOT LOOK ME IN THE EYES
BECAUSE YOU TAIK DEHIND MY ROCK
Heureusement que j'ai dû attendre derrière
cette dame. Il m'a fallu du temps pour comprendre :
Vous ne pouvez pas me regarder dans les yeux
car vous parlez dans mon dos
Pour compliquer les choses, le mandarin a quatre tons alors que le dialecte cantonais en a neuf. Beaucoup de caractères ont le même son, mais des sens différents.

Il y a 40 000 caractères qui sont connus de nos jours. Un chinois moyen (avec éducation secondaire) sait en lire et écrire entre 1 500 et 3 000. Pour une personne avec une éducation supérieure, ces chiffres peuvent s’élever à 5 000, voire 10 000. Pendant les 6 premières années de leur scolarité, les petits Chinois bossent leur écriture, chaque jour apprendre des nouveaux caractères, chaque jour réviser les anciens. C'est seulement après qu'ils se mettent à avoir des activités de lecture et d'écriture.


Selon mes sources (Zhang Haihua/Geoff Baker, Think Like Chinese, The Federation Press 2008), tout ce travail a une influence sur le fonctionnement du cerveau. Un Chinois fait davantage travailler son cerveau droit. Une étude a démontré que, dans les premières 200 millisecondes, leur cerveau droit déchiffre les tons avant que le cerveau gauche ne s'attaque au sens. Dans les langues occidentales, on passe directement au cerveau gauche. Voyons ce que ce charabia signifie.



On voit ainsi que les Chinois appréhendent une situation en voyant l'image globale en premier avant de s'attaquer aux détails, de manière plus intuitive. On dit aussi que les Chinois pensent avec le cœur, d’ailleurs la partie inférieure du caractère chinois pour "penser"  est le caractère de "cœur".


Les choses sont pourtant en train de changer, merci qui? Merci la mondialisation. Le gouvernement essaie de promouvoir une éducation tournée vers les sciences et la technologie où une approche plus analytique est nécessaire. Pour l'instant, cette nouvelle manière de "penser" est encore réservée à une minorité de Chinois.

Je voyais mal comment illustrer ce sujet, à part mettre des photos de cerveaux, ce qui n'est jamais très esthétique. D’autre part, j'avais commencé à photographier des gens avec des textes en anglais improbables sur leurs vêtements, sans savoir comment je pourrais les exploiter. Mon cerveau a fait le lien. Entrer dans une autre culture n'est pas plus aisé dans un sens que dans l'autre !

Je n'ai pas photographié la fille qui avait "Juicy" sur les fesses
et qui a été à l'origine de cette idée. Mais je me suis demandée
si sa maman aurait été contente de comprendre ce qui était écrit.
Est-ce que "Passion" c'est mieux ?

dimanche 15 avril 2012

Tour de chauffe



Ce week-end, c'est le week-end de la F1. Le "Formula 1 UBS Chinese Grand Prix" est à Shanghai. Comme chaque année depuis 2004. Les clubs les plus sélects de la ville s'attendent que les pilotes et leurs suites leur rendent visite en soirée et sûrement qu'il y aura eu des tas de gens qui auront passé des soirées et des nuits à attendre de voir leur idole. En tous cas, les clubs en profitent pour leur publicité.




Cette année, je suis privée de Grand Prix, comme toutes les autres années de ma vie, sauf en 2011 puisque je suis allée le vendredi aux essais (des essais, je crois) en bonne compagnie. Personne n'aurait parié là-dessus, je sais, les autos et les pilotes n'ont jamais été trop mon truc. Et pourtant, j'ai bien aimé.




C'est sûr qu'on n'est pas à Monaco ici, le Grand Prix a lieu au nord-ouest de la ville, très en banlieue, mais le métro connaît son chemin. Plus on avance, plus les passagers du train sont vêtus de signes extérieurs de F1 (casquette, veste, ...). Pas besoin de connaître le chemin, suivons-les. Comme c'est vendredi, il n'y a pas foule et le prix des billets est très abordable.



Le choc initial est celui qui me reste un an plus tard : le bruit des voitures, surprenant d'abord, assourdissant, puis fatigant, puisque j'ai réussi à m'endormir pendant les essais de l'après-midi, faut le faire ! C'est aussi intéressant de voir de vrais fans, ceux qui sont venus avec leur drapeau et qui le brandissent chaque fois que "leur" pilote passe devant eux.

Fiers d'être British quand Lewis Hamilton passe...

Et une admiration sans borne pour les gars qui changent les roues en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire. Ces gars, c'est quand ils veulent pour mettre mes chaînes à neige.




Le gouvernement chinois, déjà au début des années 90, avait planifié un circuit de F1, mais au sud, à Zhuhai dans la province du Guangdong. Il a été ajouté provisoirement au calendrier F1 de 1999, mais la piste ne remplissait pas tous les critères. Le gouvernement n'a pas baissé les bras et, avec l'aide des organisateurs du Grand Prix de Macao, a lancé le premier Grand Prix de Chine en 2004. C'est en 2002 que la direction du circuit international de Shanghai a signé un contrat de 7 ans pour le Grand Prix de Chine.

Inutile de crier à Nico de rentrer ou de lui faire un signe,
mieux vaut un mot doux


Entre 2004 et 2011, il a été question d'annulations, de pertes d'argent, mais chaque année, le Grand Prix a eu lieu, même si la réputation de Shanghai est qu'il s'agit de la course la plus chère du circuit. Il semble que chacun ait mis de l'eau dans son bai jiu (vin blanc chinois) et qu'un nouveau contrat assure des courses jusqu'en 2017.


Jumelles, bouchons d'oreilles, la valeur n'attend pas le nombre des années
 
En 2004, c'était le circuit F1 le plus cher : 5 451 km de longueur et, apparemment, une combinaison de  tours et détours des plus méchantes, particulièrement 1 et 2 à 270 degrés qui demandent une grande vitesse à l'entrée et se resserrent vers la fin. Je veux bien le croire. N'étant pas du tout une spécialiste, je me contenterai de dire que c'était plus spectaculaire de voir le contour 14 que le bout droit d'arrivée, même si c'est là que j'ai piqué mon petit roupillon.




C'est sûr, il ne fallait pas s'attendre à un compte-rendu détaillé de la course ou une analyse détaillée du circuit, mais je me souviens du gagnant, c'est déjà ça.

En 2011, c'est Lewis Hamilton qui a gagné

vendredi 13 avril 2012

Barrage des Trois Gorges


Le barrage des Trois-Gorges ( sānxiá dàbà) est le plus grand barrage hydraulique ainsi que la plus grande centrale électrique au monde, situé sur le Yangtsé, dans la province du Hubei. Il a été mis en production par étapes de 2006 à 2009.



Le barrage des Trois-Gorges est situé à Sandouping, près de Yichang, en aval des Trois Gorges et en amont du barrage existant de Ghezouba. La décision de construire le barrage a été prise à l'Assemblée Populaire en 1992, avec un nombre record d'abstentions et d'oppositions au projet. Le chantier a démarré en 1994. En 2000, le fleuve Yangtsé est dévié, alors que le barrage monte jusqu’à 80 mètres de haut.

Regardons comment cette idée saugrenue est devenue  réalité

  • 1919 : premier projet sur le site du barrage des Trois-Gorges (proposition de Sun Yat-sen).
  • 1944 : étude confiée à un membre du bureau de l'agriculture des États-Unis (abandonnée en 1947).
  • 1949 : débat relancé sur sa construction, en réponse à des inondations meurtrières.
  • Le projet a continué avec les soviétiques jusqu'à la rupture des relations. 
  • 1979 : tournant dans le projet, le ministère des Eaux approuve officiellement le choix du site fait en 1959 .
  • Début des années 1980 : avec le développement de la Chine le projet ressurgit.
  • Le premier ministre chinois Li Peng, ingénieur de formation, pousse à la construction du barrage après la reprise en main autoritaire qui a suivi la répression des manifestations de la place Tian'anmen.
  • 3 avril 1992 : décision finale, 1 767 voix pour, 177 contre et 664 abstentions par le Congrès national du peuple.
  • 1994 : travaux ont été inaugurés.
  • 18 mai 2006 : introduction à la bourse de Shanghai des titres de la société (hausse de presque 44 %).
  • 20 mai 2006 : annonce du directeur de la société de construction du barrage aux chinois :  le barrage est terminé.
  • Le barrage ne sera, toutefois, pleinement opérationnel qu'en 2009, après l'installation des 26 turbines servant à la production d'électricité.
  • 2 mars 2009 :  manifestation de 2 000 personnes à Jiangnan, due à l'indemnité jugée trop basse pour les relogements.
  • 2 août 2010 : la presse annonce que des quantités importantes de déchets s'accumulent dans le barrage, au point que les portes d'écoulement du barrage pourraient s'en trouver obstruées. Cette accumulation est due au fait que certaines localités voisines du lac de retenue ne disposent pas de système de traitement des déchets et que ces derniers sont déversés directement dans le lac.





















C'est évident qu'une telle construction ne s'improvise pas du jour au lendemain. On ne peut pas m'enlever de l'idée qu'il n'y a que dans un pays comme la Chine qu'il peut voir jour. J'ai passé pas mal de temps à (re) lire d'anciens articles sur le barrage écrits dans les années 90 et 2000, vive Internet, et à revoir des films et documentaires totalement déprimants. Soit on alignait des chiffres astronomiques, soit on s'émouvait, à juste titre, des changements dans la région et du déplacement de populations.

Un barrage de 500 m. de long et de 170 m. de haut sur le Rhône près de Genève
inonderait les abords du lac Léman et la plaine du Rhône au-delà de Sion
et déplacerait près d'un million de personnes.
Impensable en Suisse, mais pas en Chine !
Le barrage chinois des Trois Gorges est le plus grand projet hydroélectrique de l'Histoire...
(Déclaration de Berne : Campagne contre une participation de la Suisse au projet des Trois Gorges 1997)


Je suis impatiente de voir ce barrage... et un peu déçue d'y arriver alors qu'il fait nuit.


La navigation est assurée par un gigantesque escalier d'écluses de près de 1 500 m de long (4 sas de 280 m et 1 sas de 350 m de long et 34 m de large).  L'écluse à 5 niveaux permet le passage de navires de 10 000 tonnes. Le dénivelé franchi est d'environ 110 m, soit plus de 20 m à chaque sassée. Chaque écluse enchaîne sur la suivante par des portes ouvrantes gigantesques. Un ascenseur vertical à bateaux permettant le mouvement de navires de 3 000 tonnes est prévu pour 2014. Ainsi, grâce à l’ascenseur et au système d’écluses, la navigation sur le Yangtsé est possible de six à neuf mois par an.

C'est donc très excitée que je suis montée sur le pont supérieur pour voir l'entrée dans l'écluse :




La sommeil de la nuit n'a pas été bon. Je me suis réveillée à de nombreuses reprises pour constater l'avance ou plutôt la descente. Le matin au réveil, nous étions en bas, mais dans le brouillard. Retard prévu, 2 heures, constaté, 3 heures.


Avec ce retard, il s'en faut de peu que nous manquions la "visite" du barrage. Nous l'avons vu, mais juste vu. Montée en car sur une colline, 15 minutes pour admirer le barrage et basta ! Pour nous qui sommes habitués à marcher sur le barrage de la Grande Dixence, qui avons même été à l'intérieur de la construction, nous pensions avoir le même genre de visite guidée. Mais ici, on ne rigole pas. Il faut montrer patte blanche, passer par un détecteur d'explosif (et se faire piquer son briquet) et observer d'assez loin un barrage somme toute peu impressionnant (je ne sais pas si tous les chiffres et les faits annoncés avant sa construction m'ont fait imaginer un barrage colossal ou si je suis juste blasée) . De nouveau, comme lors de notre voyage sur le Yantsé, ce qui impressionne, c'est plutôt tout ce que nous pouvons imaginer, tous ces chiffres, toutes ces transformations. Fred fantasme quand il mentionne des mégawatts et se demande comment on a construit ce barrage alors que la rivière était déjà la 3e plus grande du monde.

Pour lui et pour ceux que ça intéresse, j'ai trouvé une petite animation qui devrait éclairer nos lanternes :

Au bas du barrage, le Yantsé à repris sa taille de guêpe.
Sur la gauche, on voit la fin des écluses.

jeudi 12 avril 2012

Au fil du Yangtsé


Le Yangtsé, on le voit aussi écrit Yangtze, Yangzi, Yang Tsé Kiang, Yang-tseu-kiang ou Yangzi Jiang ( 扬子江  ; littéralement "le fleuve Yangzi"). Mais ici on dit Chang Jiang (长江, littéralement le "long fleuve"), c'est vraiment malin de compliquer ainsi la vie des gens. Autrefois Fleuve Bleu, c'est le plus long fleuve d'Asie et le troisième plus long fleuve du monde après l'Amazone et le Nil. Il prend sa source au Tibet, à 6 621 mètres, dans les monts Tanggula, où il est appelé en tibétain Dri chu ("fleuve de la femelle du yack"). Ça ne s'arrange pas !


Il parcourt 6 300 km avant de rejoindre la mer de Chine orientale, au nord de Shanghai. Il serpente à travers les provinces du Qinghai, du Yunnan, du Sichuan, du Hubei, du Hunan, du Jiangxi, de l'Anhui et du Jiangsu et traverse les immenses agglomérations de Chongqing, Nankin et Shanghai.


" Lors de son parcours, il reçoit les eaux de plus de 700 affluents drainant un bassin hydrographique de 1,8 million de kilomètres carrés. Chaque année il déverse près de mille milliards de mètres cubes d'eau dans la mer de Chine, charriant des milliers de tonnes de limon au large des côtes. Le Yangzé alimente en eau 40 % du territoire chinois et 70 % de la production rizicole. " (Wikipedia) On voit qu'on est dans la cour des grands.

Ça, c'est quand il fait beau !
La région est réputée pour son brouillard.

Naviguer de Chongqing à Yichang faisait partie de voyages que je voulais entreprendre en Chine. Il y en a bien d'autres, mais celui-ci était tout en haut de la liste. Pour différentes raisons : parce que le fleuve est un géant qui arrive à nos pieds, que c'est un nom qui me fait rêver et, forcément, pour le barrage des Trois Gorges. Que de bonnes raisons...

Le bateau qui nous a baladés

Ce n'est pas tellement ce que nous avons vu (pagodes, montagnes, gorges, ...) qui m'a fascinée, mais plutôt tout ce qu'on pouvait percevoir, sans forcément voir. Tout d'abord que ce fleuve a longtemps été la seule voie entre le Tibet et la mer. Nombreux et variés sont les chargements qui le remonte ou le descende.








La livraison des oranges pour notre petit déj

Mais surtout à cause des transformations dues au barrage. Si nous nous sommes glissés dans des gorges entre des montagnes, c'est surtout d'imaginer comment c'était avant, quand le fleuve était 170m plus bas. Avant, il devait avoir l'air d'un fleuve. Maintenant, à part quand les montagnes sont trop resserrées, j'avais l'impression d'être sur un lac.

La région, illustrée sur un billet de 2005




Avec la montée des eaux, des îles se sont crées
 Les villes qui bordent le fleuve sont plutôt modernes et uniformes et souvent encore en cours de construction. Forcément, puisque d'autres bourgades, celles d'avant, sont noyées sous les eaux. Selon les sources, 1.3 millions ou 3 millions de personnes ont été déplacées dans 13 provinces différentes. Ça fait quand même pas mal de vies qui ont dû changer, s'habituer à d'autres décors, soit ici, soit ailleurs. Je me demande ce que ça doit faire de savoir que sa maison, son champ, son arbre, ... sont engloutis définitivement sous les eaux. Quand on voyait une vieille maison non loin de l'eau, on pensait "et dire que son propriétaire voulait être en altitude !"

 








Même les affluents ont été transformés. Nous avons flotté dans la gorge Shen Nong, conduits par des bateliers de la minorité ethnique Tujia.

Ça, c'est nous

Ça, ce sont des Tujia

Les Tujia et les touristes sont nombreux à se mélanger
sur les eaux qui sont montées de 30m...

... apparemment nous sommes bienvenus
En regardant des photos pas si vieilles que ça, on se rend compte des changements qui ont eu lieu.

Avant :


Les barques devaient être tirées
(photos Trackers of Shen Nong Xi)
















 Maintenant :





Plus trop de soucis pour naviguer






En mai 2006, des experts chinois ont publié des rapports alarmants sur l'état de la pollution du fleuve. L'approvisionnement en eau potable de l'agglomération de Shanghai pourrait devenir problématique si aucune solution n'est trouvée. Selon Lu Jianjian, professeur d'une université de l'Est de la Chine, 40% des déchets du pays sont déversés dans le fleuve, soit environ 25 milliards de tonnes chaque année. Le tiers de la pollution proviendrait des engrais chimiques, des pesticides et des rejets agricoles, le reste venant des villes, du secteur industriel et des bateaux.

Pas étonnant que le Yangtsé / Chang Jiang ne soit plus trop le Fleuve Bleu !

Eux, ils sont résolument tournés vers l'avenir