Pour qui? Pour quoi?


A peine arrivée, j'ai eu envie de rédiger et d'illustrer nos découvertes et notre nouvelle vie. Pour ceux que ça intéresse, mais aussi pour nous, des fois que nos mémoires nous jouent des tours.

mardi 22 octobre 2013

Quelle heure est-il à Kashgar ?


Comme je l'ai écrit, nous sommes allés dans le Xinjiang pendant les vacances de la Fête nationale d'octobre. J'ai expliqué que cette région autonome de Chine se trouvait tout à l'ouest du pays. Ce que je n'ai pas dit est que toute la Chine vit à la même heure. De notre côté, à l'est, nous ne sommes pas alignés "juste", il fait jour très tôt le matin et, bien sûr, nuit également tôt. Au Xinjiang, c'est exactement l'inverse, ils sont alignés sur un autre fuseau-horaire. Les soirs sont clairs, alors que les matins sont sombres; avant presque 9 heures, début octobre, il ne fait pas totalement jour. De ce fait, les habitants du Xinjiang utilisent une autre heure, qui retarde de 2 heures, pas l'officielle, celle qui est imposée par Beijing. Quand il est midi à Beijing, il est ou midi à Kashgar (pour les services publics, banques, compagnies de transport, postes), ou 10 heures pour les activités plus locales.

L'heure de Kashgar affichée à la mosquée
Difficile d'imaginer que la grande place devant la mosquée
peut être bondée lors de fêtes musulmanes...


... alors que seuls quelques touristes et chameaux l'occupent
habituellement.



Ah, Kashgar, Samarcande, Tachkent, Boukhara, ... , tous des noms qui me font rêver. Me promener dans les rues de Kashgar, c'est un rêve éveillé. Quand je lis sur Wikipedia "L'oasis de Kachgar se trouve au point de rencontre des routes nord et sud qui contournent le désert de Taklamakan. La route du Karakoroum qui emprunte le col de Khunjerab relie Kachgar à la ville d'Islamabad au Pakistan. Le Kirghizistan voisin est aussi accessible depuis Kachgar via les cols de Torugart et d'Irkeshtam", je dois me pincer pour croire que j'ai bien été là.
























Son nom signifie « caverne (ghar en arabo-persan) de jade (qash en ouïgour) ». Sa population était estimée à 400 225 en 2010 lors du recensement national. La population est à forte majorité ouïghoure, bien que la proportion de Hans soit en constante progression. On y parle l'ouïghour et le dialecte chinois de Kashgar du mandarin Zhongyuan. Inutile des prendre des cours d'anglais avant de s'y rendre...

La vieille ville n'occupe qu'une toute petite place
sur la carte de Kashgar
Les barres de la ville (même le plus irréductible
adepte de bière a dû se résoudre à boire du thé.
faute d'endroit pour siroter une pression)

Kashgar a été le point de rencontre des routes de la soie du Sud et du Nord pendant deux mille ans, car c'était un lieu remarquablement situé, après la traversée du désert de Taklamakan à l'Est, et après les hautes montagnes du Pamir lorsqu'on vient de l'Ouest, et qu'il fallait échanger les yaks contre des chameaux. Sa population à 90 % ouïghoure continue d'exercer sa vocation principale : le commerce. À la différence d'Ürümqi, la capitale officielle du Xinjiang, complètement chinoise, Kashgar a su rester une ville à l'identité ouïgoure fortement marquée. Celle-ci est notamment réputée dans la région pour son marché du dimanche, réputé le plus gros marché d'Asie centrale, et où se pressent des commerçants de tous les pays alentour.

 










En flânant dans la vieille ville, on ne peut qu'être fascinés par tous les "petits métiers" qui sont, de nos jours, en voie de disparition ailleurs.

Ici, ce sont les hommes qui cousent à la machine
Un nom de propriétaire bien difficile à mémoriser






Je ne sais pas si dentest est un "petit métier". Nous avons vu
de nombreuses enseignes vantant leurs compétences
(je suppose...)
La promenade est lente et douce, en été elle aurait été pénible. Nous en profitons pour croiser regards et sourires...




 ... et parfois carrément s'arrêter devant des situations périlleuses...


 ... ou insolites.


Au bazaar


Eh oui, Kashgar, c'est aussi la Chine!

J'ai trouvé un article de 2012 publié en ligne par Le Figaro qui me remet les pieds dans la réalité : http://www.lefigaro.fr/international/2012/08/22/01003-20120822ARTFIG00419-l-agonie-de-kashgarancien-joyau-de-la-route-de-la-soie.php

vendredi 11 octobre 2013

Nouvelle frontière



Le Xinjiang (新疆, littéralement : "nouvelle frontière"), officiellement la Région autonome ouïghoure du Xinjiang est une des cinq régions autonomes de Chine, au statut particulier, comme la Mongolie-Intérieure ou le Tibet. C'est notre Far West, plutôt grand (à peu près la taille de l'Iran), il occupe un sixième du territoire chinois. Le Xinjiang possède une frontière commune avec huit pays, la Mongolie, la Russie, l'Inde, le Pakistan, le Kirghizistan, le Kazakhstan, l'Afghanistan et le Tadjikistan. Sa capitale est Ürümqi en mongol (Wulumuqi en mandarin).


La région a été habitée par les nomades mongols, puis des Mandchous. Elle a été cédée en partie aux Russes et ensuite regagnée par les Qing, donc des Chinois. Les Ouïghours, voulant se libérer de la domination étrangère, se sont soulevés à de nombreuses reprises contre le pouvoir chinois nationaliste avec l'éphémère République islamique du Turkestan oriental, avant que les frontières de la Chine soient corrigées au profit de la République socialiste soviétique du Tadjikistan et de la République populaire mongole. Une histoire mouvementée...

Le Parc du Peuple à Ürümqi/Wulumuq

Coincé entre montagnes (Kunlun, Pamir, Tian Shan,Altaï) et déserts (Taklamakan, Dzoosotoyn Elisen, Kumtag, Gobi), seul 4.3% du Xinjiang est habité. Du coup, ma première réaction en arrivant là-bas a été de me demander pourquoi les Chinois mettaient autant d'énergie pour conserver cette région. Dans les journaux, on entend parler de conflits, parfois violents entre Hui (les musulmans) et Han (les Chinois), de coupures d'Internet, de contrôles d'identité. Et ces Ouïghours qui ne parlent même pas le mandarin, qui écrivent en arabe, qui ne ressemblent pas à des Chinois! Alors, bien sûr, il y a l'envie de se connecter aux états voisins (voir plus haut), à l'Asie centrale et à l'Europe par la terre. Et quand on sonde un peu plus, on découvre que le sous-sol est riche en gaz et en pétrole. Toutes de bonnes raisons pour s'y accrocher.

Des déserts...
... aux glaciers



















Pour la 1e fois, je vois des derricks, nous sommes en plein
Far West !

Nous, ce qui nous a attiré "là-haut", c'est d'enrichir notre connaissance de la Chine, d'en connaître une autre facette. Il faut dire que des Ouïghours, il y en a beaucoup à Shanghai, ce sont eux qui nous vendent des fruits secs et chez qui nous allons manger du mouton. Ils n'ont pas très bonne réputation, voleurs, menteurs... Ici aussi on a peur de la différence.

Dans les champs de maïs

Dans la rue à Wulumuqi



















Dans la rue à Kashgar
Mais surtout, surtout, c'est de revenir sur la Route de la soie, après notre première approche en 2011 à Xi'an.

J'ai trouvé cette carte sur http://www.edelo.net/routedelasoie/route_soie.htm,
il faut aller jeter un œil pour avoir une idée de ce que cette
route a représenté pour l'Asie centrale

Maintenant, les caravanes sont pour les touristes


Par contre, les camions qui traversent le désert sont nombreux

Et les forêts d'éoliennes aussi

















Nous n'avons pas regretté notre visite un peu trop éclair, il aurait fallu prendre notre temps, il aurait fallu pouvoir continuer, passer les montagnes, continuer la magie... Nous sommes revenus à Shanghai !

jeudi 26 septembre 2013

Fermeture de magasins


Il y a un an, je m'étais promenée dans un havre de douceur à deux pas d'une des plus importantes rues de shopping de Shanghai, Jing'an Villas. Cette année encore, début septembre, j'y suis retournée avec des amis pour faire une petite pause dans un des cafés. J'ai pensé que ma mémoire m'avait joué des tours, les cafés étaient bien moins nombreux que dans mon souvenir.

Quelques jours plus tard, j'en ai eu l'explication : le quartier entier va reprendre sa forme résidentielle. Le 10 septembre, des ouvriers encadrés par des policiers ont fermé plus de 80 échoppes illégales, il en restait encore à fermer, pour ne laisser que 5 commerces. Adieu cafés, marchands de fruits, coiffeurs... Certains propriétaires pensent à s'établir ailleurs, d'autres ont dit vouloir ré-ouvrir dès que les ouvriers et policiers auraient tourné les talons. Des bornes sont installés n'autorisant que les habitants à pénétrer dans l'allée.

Tout bouge. Souvent, nous observons la naissance de quartiers "à la mode", parfois nous déplorons la désertion d'autres endroits que nous aimons bien. Il nous arrive de nous demander si certaines rues vont attirer du monde, c'est le cas du sud de Wulumiqi Lu qui, en quelques mois, a vu l'arrivée de 3 ou 4 bars qui nous paraissent bien vides.

Je me demande si la persévérance des habitants de Jing'an Villas va inspirer ceux de Yongkang Lu...

mardi 24 septembre 2013

Enseigner en région rurale, un métier ingrat


Cheng Xinggui, 58 ans, accusé d'avoir menti sur son expérience professionnelle, s'est jeté dans une rivière. Juste avant de mourir le 17 juillet, on l'a entendu crier "J'ai des preuves !"

Quelques jours après la "Journée des enseignants" (10 septembre), cette tragédie met en lumière la précarité des enseignants des campagnes. Il s'agit souvent de personnes non-qualifiées, sans qui de nombreux villages n'auraient pas d'école.

La province du Yunnan
Cheng a enseigné dans la province du Yunnan pendant 25 ans et 6 mois. Il faisait partie des 150 000 instituteurs recrutés de façon temporaire pour enseigner dans des écoles de villages du Yunnan, des gens qui ne figuraient sur aucune liste gouvernementale parce qu'ils n'avaient pas ou pas encore obtenu les qualifications requises. Cheng a commencé d'enseigner en 1977. Comme beaucoup de ses collègues, pour un salaire plus que dérisoire, il était à la fois mentor, baby-sitter, cuisinier et infirmier. C'est lui qui portait les gosses sur son dos pour traverser des rivières en furie, c'est aussi lui qui changeait les pantalons des petits lorsqu'ils n'étaient pas encore propres. Son maigre salaire n'a pas permis à ses propres enfants d'entamer des études. Le gouvernement provincial lui a bien proposé une formation d'un an en 1997 pour régulariser sa situation. Il n'a pas pu en profiter, comment aurait-il pu payer études et hébergement alors qu'il pouvait à peine subvenir aux besoins de sa famille? C'est en 2004 que le gouvernement a décidé de remplacer les enseignants temporaires par des universitaires. En 2006, 500 000 instituteurs de l'ouest du pays ont été renvoyés pour manque de qualifications.

Yanjin, dans le Yunnan, où Cheng a enseigné
Selon le Ministère de l’Éducation, Cheng aurait dû recevoir 21165 yuans en compensation, mais il n'a pas pu prouver qu'il a enseigné pendant toutes ces années, il lui manquait des fiches de salaire représentant 8 ans de son travail. Pour ces fiches manquantes, il a rassemblé ses notes d'enseignement, toutes estampillées officiellement, pour prouver son bon droit, puis a traversé les 20 km de chemins escarpés pour aller apporter les preuves à son ancienne école. Inutiles, refusées ! Il a appelé sa femme, s'est plaint de se sentir humilié. Le lendemain, le 11 juillet, il a rendu visite à un ancien collègue, Zhu Yinghuai, 82 ans, en espérant pouvoir trouver de l'aide auprès de lui. Après tout, c'était Zhu qui l'avait convaincu en 1977 d'entamer une carrière d'enseignant ! Il aurait fallu que Zhu l'accompagne en personne à l'école, mais Zhu est âgé, il souffre de maladie neurodégénérative et, de surcroît, se déplace à grand peine, impossible donc qu'il l'accompagne. Le 13 juillet, Cheng est devenu fou, incohérent et s'est mis à battre sa femme et sa fille, ce qu'il n'avait jamais fait jusque là. Le 17 juillet, il est parti sous une pluie battante, on l'a retrouvé 18 heures plus tard à 5km de chez lui.

Des enfants vont à l'école dans la boue
Pourtant, des enseignants "temporaires", il en existe encore. On les renvoie, puis on les supplie de rester car personne ne veut de leur poste. Sans eux, les gosses devraient marcher pendant plus de 10 km pour aller dans une autre école. Rien que dans le Yunnan, il y en a encore 150 000 qui ne sont payés que le 20% du salaire de leurs collègues formés et nommés !

Et pendant ce temps, dans les villes, les enseignants reçoivent des cadeaux pour la "Journée des enseignants".
Enseignants des villes...
enseignants des champs

lundi 23 septembre 2013

La Chine pourrait considérer une politique des deux enfants



De l'enfant unique, j'en ai parlé en août 2011. Entre autres, car cet aspect de la société chinoise, je le garde toujours en tête, quand j'observe ces drôles de familles, quand ces petites pestes d'enfants uniques m'énervent, quand on les encourage à se croire tout permis. Heureusement pas tous les gosses et pas toutes les familles ! Et voilà que ça bouge...


En annonçant ses réformes prochaines, la Chine a admis implicitement que sa politique de l’enfant unique, mise en œuvre pendant quarante ans, aura été un échec. Cette politique a conduit à de graves abus. On estime que l’establishment chinois responsable du planning familial aura été à l’origine de 336 millions avortements. Cela inclut des avortements ou stérilisations forcées auxquelles aura conduit un contrôle intrusif d’un des aspects les plus intimes de la vie chinoise.


L’agence d’information chinoise la plus importante, Xinhua, a annoncé qu’une proposition de réforme de cette politique impopulaire avait été introduite en août. La politique actuelle contraint les couples à demander à l’Etat la permission d’avoir un second enfant, ce qui n’est autorisé que si l’un des parents n’a aucun frère ou sœur. A l’avenir, l’autorisation serait accordée si cela n’était le cas que d’un des parents…

La nouvelle politique pourrait conduire à un nouveau « baby boom ». Cependant elle serait insuffisante et trop tardive pour prévenir la crise économique menaçante, causée par le déficit des retraites. Le rapport anticipe une croissance de la fécondité de 1,45 à 1,66 enfant par femme. Néanmoins même avec cette croissance, les taux seraient toujours en dessous du taux de renouvellement des générations, c’est-à-dire 2,1 enfants par femme.


Le changement de cap peut être mis sur le compte de l’influence affaiblie des anciens fonctionnaires chinois, chargés de la gestion du planning familial. Cependant on s’accorde à dire que le facteur le plus important est l’aveu par Pékin que le pays s’apprête à faire face à une crise démographique causée par la baisse brutale du taux de fécondité par le passé.

Depuis la création de la politique de l’enfant unique en 1971, dirigeants chinois, fonctionnaires de l’ONU et démographes ont justifié celle-ci en assurant qu’une population moins nombreuse ferait de la Chine un pays plus prospère. Mais le déclin démographique précipité a également été à l’origine réduction de la population active, six ans avant leurs prévisions. La Chine vieillit plus rapidement qu’on l’avait cru par le passé.


Dans certaines villes chinoises qui viennent de mettre en œuvre la nouvelle politique, les couples n’ont pas encore réagit en faisant plus d’un enfant. Cela montre que la norme est devenue celle de la famille à taille réduite. Les enquêtes à échelle nationale indiquent que 40 à 50 % des couples souhaiteraient avoir deux enfants. Mais la plupart de ces enquêtes ont été faites avant que la situation économique se dégrade. Dès lors, on évoque d’autres facteurs qui expliqueraient ce manque de réaction : l’augmentation du coût de la vie, la baisse de la fécondité due à la pollution et aux conditions de vie déplorables.

Il y aura donc quelques adaptations à mettre en place : est-ce que les fonctionnaires pourront encore imposer des stérilisations forcées et des avortements ? Comment vont-ils pouvoir compenser leur manque à gagner que leur procure le montant des amendes payées par les familles qui ont plus d’enfants (amendes peuvent s’élever d’un à dix fois le revenu annuel d’un couple) ? Il faut vraiment penser à tout...

samedi 21 septembre 2013

Retour à la normale


Le 8 août, j'ai relaté l'histoire de la disparition de mon outil de travail. Depuis, nous avons dû nous contenter d'une orthographe approximative et qui pouvait parfois prêter à confusion : est-ce que "meme" est mémé ou même ? Pour moi, cette parenthèse de deux mois a été l'occasion d'évaluer la tablette que j'avais en accessoire plus qu'en véritable outil. Oui, une tablette c'est bien, mais comment peut-on affirmer qu'elle remplace un ordinateur ?

Le 17 septembre, au soir, j'ai retrouvé un portable, tout beau, tout neuf... mais pas tout à fait prêt à l'emploi. Trois ans et demi que j'avais l'autre. Qu'est-ce qui s'en est passé des choses en ce temps. Fini les CD d'installation à n'en plus finir. Tout est déjà pré-installé, pré-mâché et pourtant qu'est-ce que j'ai sué. Je ne vais pas détailler mes errances et mes frustrations. Je vais juste apporter une réflexion concernant tout ce matériel qui m'a sauté dessus pendant que je fulminais. Avant, il y a longtemps c'est vrai, utiliser un ordinateur demandais des connaissances. J'avais pris un cours DOS pour gérer ma bécane. Après est arrivé Windows, s'améliorant au fil des numéros, nous demandant de moins en moins de connaissances. Et maintenant, on ne nous demande plus rien, sinon des nerfs d'acier pour gérer un nombre infini de mots de passe. Chaque programme y va du sien; ici il faut des majuscules et minuscules, là des signes, un autre demande un panachage de lettres et de chiffres, un autre encore refuse que l'on utilise un mot de passe déjà utilisé... Et moi, je m'emmêle, je peste, je râle, je hais toutes des protections soi-disant pour notre sécurité, alors qu'on le sait bien, n'importe quel hacker débutant peut craquer des mots de passe en moins de temps qu'il ne me le faut pour en trouver un.

Check-list pour reprendre ce blog dans de bonnes conditions :
  • les photos sont chargées
  • le navigateur fonctionne
  • la musique aussi, important la musique...
  • un VPN tout neuf est installé. Sans VPN pas de blog sur Blogger depuis la Chine. 
C'est reparti !

mardi 17 septembre 2013

Yuebing

(Shanghai Daily)
En 2010, nous avons découvert la Fete de la Mi-automne  (zhongqiujie) : la lune, les amoureux, le congé rattrapé, les foules en mouvement... et les gâteaux que l'on offre partout, que l'on promène d'un coin à l'autre du pays. Depuis ce billet, nous avons pris l'habitude des semaines qui sortaient de la routine (cette année, il faudra travailler ou étudier pendant 9 jours consécutifs, du 22 au 30 septembre), du prix des transports et hébergements qui doublent ou triplent, des embouteillages dans les gares et les aéroports (cette année, nous resterons à Shanghai) et nous ne recevons plus de gâteaux en cadeau de l'entreprise à Fred. Tant mieux parce que nous n'avons toujours pas appris à les savourer.


Est-ce parce qu'ils sont presque toujours fabriqués industriellement qu'ils n'ont pas su titiller mes papilles? Je ressort à chacune de ces rares tentatives gustatives avec le sentiment désagréable qu'on veut m'étouffer au pire, tester les capacités de fonctionnement de mon estomac au mieux, sans qu'il y ait de vrai plaisir des sens, pas de haut-le-cœur non plus.

(Shanghai Daily)
Un article que je viens de lire dans mon quotidien Shanghai Daily me met l'eau à la bouche et la puce à l'oreille. Est-ce que j'aurais passé à coté des gâteaux de lune?  On nous décrit "des friandises de 5.5 cm de diamètre dorées et croustillantes, à déguster encore tièdes, sentant bon le lait et la noix de coco, qui renferment un mélange de crème anglaise au beurre, soyeuse et douce, mais dans laquelle on décèle une pointe salée, subtile." Avouons que cela est tentant. Mais de plus en plus rare...


Ces gâteaux traditionnels peuvent être salés ou sucrés. Selon les régions, ils sont fourrés de dattes, de pâte de lotus, de noix, de graines, ou de viande. Ceux de Suzhou, ville voisine, sont  composés de pâte de soja et de graines, ce sont ceux que l'on trouve le plus fréquemment à Shanghai, tout comme la version avec viande dont la riche sauce explose dans la bouche. La version pékinoise est toujours sucrée, jaune d’œuf entouré de pâte de noix de coco et de graines de lotus broyées, alors que celle de Guangzhou (Canton) se caractérise par des intérieurs tels que le nid d'oiseau, l'ormeau (oreille de mer ou abalone), ou l'aileron de requin, avant son interdiction. On en trouve aussi des versions " modernes ", au fromage, au chocolat, à la crème glacée... Il est conseillé de les consommer avec du thé vert en quantité pour en neutraliser le gout et en faciliter la digestion.


Pour que le sujet soit complet, je viens de voir que la vente de yuebing est en train de chuter de 20% par rapport à l'année passée. Il faut dire que le gouvernement central a donné l'ordre de limiter les cadeaux luxueux par et envers les officiels. Les emballages deviennent plus sobres, les contenus moins riches et le prix moyen d'une boîte baisse. L'homme de la rue approuve : " Pourquoi avoir des emballages contenant, en plus des gâteaux, du vin, un stylo de marque ou une boite de thé prestigieux ? Retournons aux vraies valeurs ! "

(Shanghai Daily)