Pour qui? Pour quoi?


A peine arrivée, j'ai eu envie de rédiger et d'illustrer nos découvertes et notre nouvelle vie. Pour ceux que ça intéresse, mais aussi pour nous, des fois que nos mémoires nous jouent des tours.

lundi 9 juin 2014

Que peut-on acheter à Shanghai avec US$ 1 ?

 
Un dollar, c'est un peu moins d'un franc suisse, trois quart d'euro, pas grand chose. C'est aussi à peu près 6 yuans. Que peut-on faire avec cette somme dans la ville la plus chère de Chine ?


Un billet de métro pour un parcours unique, du Puxi à Pudong, ou d'est en ouest, ou de la banlieue de Minhang ou centre-ville. En ajoutant 2 yuan, on peut parcourir le trajet de l'aéroport du Pudong à celui de Hongqiao.



Trois billets de loterie, un bon investissement, trois chance de toucher des millions. Et si on ne gagne rien, on fait tout de même une bonne action puisque l'argent ira enrichir le fond des bonnes œuvres de la ville.


Un petit déj dans la rue, deux pains cuits à la vapeur et une tasse de lait de soja, ou quatre raviolis frits, ou six raviolis à la vapeur. Ou... ou..., le choix est vaste.

 
1.2 cm2 d'un appartement ! Oui, mais au centre... où le prix moyen est RMB 50 000 par m2.


samedi 7 juin 2014

Le gouvernement central va chouchouter le Xinjiang


C'est en tous les cas ce que nous annonce l'agence Xinhua (Agence Chine Nouvelle, souvent porteuse de bonnes nouvelles.


C'est un fait, nous dit-on, le Xinjiang a besoin d'un coup de main dans les domaines de l'emploi, l'éducation et la gestion de la pauvreté pour améliorer les conditions de vie de toute la population de la province du nord-ouest. Plus d'écoles, plus de places de travail pour les autochtones, plus d'investissements. Tant qu'à faire, on va améliorer ou construire des infrastructures pour les transports, la conservation de l'eau et l'agriculture. Tout cela profitera à toutes les ethnies du Xinjiang. C'est Xi Jinping lui-même qui l'a dit. Ces mesures ont été prises lors d'une réunion (de crise, je suppose) à la suite des bombardements qui ont eu lieu à Urumqi/Wulumuqi (j'en ai un peu parlé ici).


Le même jour, tiens donc, la même agence, jamais en mal de bonnes nouvelles au risque de me répèter, nous informe du succès de la course d'essai du train à grande vitesse qui relie Lanzhou dans le Gansu à Wulumuqi. Malgré les vents, malgré une grande partie du trajet dans le désert de Gobi, les 1776km qui les relient vont être engloutis en moins de 8 heures, au lieu des 21 heures actuelles. Premiers voyages en fin d'année.  Non seulement, on connecte le Xinjiang au reste du pays, mais on planifie de le relier à l'Asie centrale via le Kazakhstan, voire à l'Europe. Ils en ont de la chance, ces gens du Xinjiang.


En faisant quelques rapides recherches, je suis tombée sur un article de 2009 dont voici quelques extraits : 
"Depuis la fondation de la Chine nouvelle, le gouvernement central a considéré [...] comme une politique fondamentale de l’État d'apporter son aide aux ethnies minoritaires des régions frontalières pour développer la politique, l'économie et la culture et d’avoir pour objectif l’enrichissement commun de la nation chinoise. [...] Au cours de l'élaboration et l'exécution de dix plans quinquennaux, le gouvernement central a classé toujours les projets de la construction des infrastructures, du développement des infrastructures agricoles et de l'édification du système industriel moderne du Xinjiang parmi les projets clés de l'Etat et a pris une série de mesures spéciales et préférentielles afin d'assurer l'application de ces plans. [...] Entre 1950 et 2001, un montant d'investissement de 501,515 milliards de yuans a été acquitté dans les immobilisations,  [...]  ce qui a permis de construire plus de 90 000 projets dont 178 d'une grande et moyenne importance et un grand nombre de projets qui exercent une influence importante sur le développement économique du Xinjiang. Cela a permis de jeter une base solide pour soutenir la croissance durable de l’économie du Xinjiang.[...]


Les résultats des discussions de la semaine passée me donnent soudain une impression de réchauffé.

Toutes les photos de cet article ont été prises à Wulumuqi
en octobre 2013 (à part celle du train, bien entendu)

vendredi 6 juin 2014

Guangzhou Lu, rue de la beauté


Autour de People's Square, il y a un nombre infini de rues "spécialisées" qu'on ne soupçonne pas quand on se contente d'arpenter Nanjing Dong Lu, rue piétonne bordées de magasins, pratique standard des touristes. J'ai déjà parlé de mon émerveillement lorsque j'ai découvert Beijing Lu et ses magasins d'outillages. J'aurais pu mentionner Fuzhou Lu, plus au sud, celle que l'on appelle "rue culturelle". Je me souviens que j'avais de grandes attentes lors de ma première visite à Fuzhou Lu, j'étais en manque de culture dans ce monde tourbillonnant d'avoir plutôt que d'être. Déception, j'y ai vu plus de banques et de fast food que de culture, hormis quelques librairies chinoises et une librairie internationale. Depuis, j'ai affûté mon regard; Fuzhou Lu est l'endroit où il faut aller si l'on recherche des papeteries, des pinceaux, des tonnes de papiers de riz de divers formats, des chevalets de peintres.

Fuzhou Lu qui ne paie pas de mine
J'avais presque oublié Guangdong Lu, la rue de la beauté, des coiffeurs et des maquilleuses. Attention, pas une rue où on les voit alignés à attendre les clients. Non, une rue où ils viennent s'approvisionner en matériel.





















Des bigoudis, des lotions, des brosses et des peignes, pas de problème, on en trouve.






Des enseignes de salons de coiffure


Pour trouver des seaux en bois que les salons de massage utilisent pour le foot massage, pas de doute, c'est là que je dois me rendre, c'est là que j'ai trouvé mon bonheur !

Ce sont mes plantes qui seront heureuses
d'avoir de si beaux cache-pots
Dans une si grande ville, dont l'organisation est si différente de celles qui ont forgé mes habitudes, il faut du temps pour déconstruire, puis pour reconstruire autrement. Comme pour tout, dans le fond...

mardi 3 juin 2014

JR est revenu


Ca y est, JR est revenu à Shanghai, cette annonce m'a mise en joie. Ce projet INSIDE OUT a pour objectif de " retourner " le monde grâce à des séries de portraits placardés au cœur de l’espace public. Outre deux expositions à la MD Gallery et à la Power Station of Art, le camion photomaton INSIDE OUT sillonne les rues de Shanghai.


Chacun est invité à se faire tirer le portrait afin de participer à cette expérience unique de street art contemporain.

J'aurais bien été me faire photographier, mais la file était tellement
longue que j'ai préféré presser sur la gâchette moi-même.
"INSIDE OUT est un projet artistique participatif à grande échelle qui transforme les messages sur l’identité personnelle des gens en une œuvre artistique. En utilisant des portraits photos en noir et blanc, chacun peut faire découvrir, révéler et faire partager les histoires tues et les images de gens à travers le monde. Les photographies numériques mises en ligne sur le site insideout, seront imprimées en format affiche et renvoyées aux participants de ce projet pour qu’ils les collent et les exposent dans leur propre communauté. Tout le monde peut participer, que vous soyez seul ou en groupe ; les affiches peuvent être collées n’importe où, d’une image isolée à la fenêtre de votre bureau jusqu’au mur rempli de portraits d’un bâtiment abandonné ou d’un stade. Ces expositions seront documentées, archivées et consultables en ligne. Je vous souhaite de défendre ce qui est important pour vous en participant à un projet d’art global, et ensemble, nous retournerons le monde…inside out ".



JR, je l'avais découvert à Shanghai en 2010, alors qu'il avait sillonné le monde et s'était même arrêté en Suisse. 

Les sillons de la ville est un projet de JR à l’échelle mondiale qui repose
sur la réalisation de portraits de personnes âgées détentrice de la
mémoire d’une ville choisie par JR pour son passé.
En parallèle, l’artiste recueille aussi les témoignages de ces personnes,
témoins des grands bouleversements de la ville. Ces portraits sont ensuite
collés par l’artiste dans la ville au gré des endroits qui l’inspirent et
représentent eux aussi la mémoire de la ville et son histoire.
Pour cette étape JR a emmené son projet à Shanghai, ville qui a connu
au XXème siècle moult bouleversement.
Sans autorisation, il s'est alors fait arrêter.  Pas rancunier, il est revenu.
Né à Paris en 1983, d'origine tunisienne, JR commence sa carrière adolescent dans le graffiti. Son pseudonyme représente les initiales de son nom. Après avoir trouvé un appareil photo dans le métro parisien en 2000, il explore l'univers de l'art urbain européen et suit ceux qui expriment leur message sur les murs. Puis, il commence à travailler sur les limites verticales, observant des gens et des tranches de vie dans les sous-sols interdits et sur les toits de la capitale. Il parcourt l'Europe à la rencontre de ceux qui s'expriment sur les murs, observe, écoute, colle.


Toujours des projets, les jeunes dans banlieues (Portrait d’une génération), des portraits de jeunes de banlieue qu’il expose, en très grand format : " Dans la rue, je touche des gens qui ne vont jamais au musée. " Puis Face 2 Face, " la plus grande expo photo illégale jamais créée ", JR affiche d’immenses portraits d’Israéliens et de Palestiniens face à face dans huit villes palestiniennes et israéliennes et de part et d’autre de la barrière de sécurité. Pour l'artiste, cette action artistique est avant tout un projet humain : " Les héros du projet sont tous ceux qui, des deux côtés du mur, m'ont autorisé à coller sur leur maison ".


JR voyage à travers le monde à l'occasion de Women are Heroes, un projet dans lequel il souligne la dignité des femmes qui sont souvent les cibles de conflits.


JR reste semi-anonyme, des initiales pour nom et des photos de lui portant chapeau et lunettes de soleil.


JR se définit comme un " artiviste urbain ", et colle ses photos sur les ponts brisés d’Afrique, dans les favelas au Brésil et à Shanghai sur des bâtiments voués à la destruction, dans le cadre de son projet Les Sillons de la ville. En septembre 2010, sur invitation du Festival Images (Vevey - Suisse), JR marque un tournant; pour le projet UNFRAMED, pour la première fois de son parcours artistique, JR n'utilise pas ses propres photographies mais celles de la grande histoire de la photographie.

Des rides sur le visage accentuées par les plis
de la photo
Après avoir été exposées dans les villes mêmes dont sont originaires les sujets de JR, les images voyagent de New York à Berlin, d'Amsterdam à Paris. Il faut aller voir sur son site, il est partout !







Devant Power Station of Art, portraits arrosés par une averse
de saison




















Je crois bien que c'est lors de la première exposition en 2010 que m'est venue l'envie de tenir un blog. La boucle est bouclée.

lundi 2 juin 2014

He Youzhi


He Youzhi, je l'avais découvert en 2012 lors d'une visite au Musée de l'Urbanisme. J'ai été immédiatement sous le charme de ses dessins réalistes d'une Chine qui ressemblait davantage à celle que j'avais imaginée qu'à celle qui m'entourait.


Et puis j'ai tout oublié, jusqu'à son nom. Il aura fallu une nouvelle visite au même endroit, une autre exposition pour le rappeler à mon bon souvenir. Qui est donc ce petit bonhomme que nous avons vu en carton ?


He Youzhi (賀友直) est un auteur de bandes dessinées né en 1922 dans la province voisine du Zhejiang. Ses premiers dessins datent de septembre 1949, à la libération de Shanghai. Il commence à dessiner professionnellement à l'âge de trente ans, en 1952. Il effectue une grande partie de sa carrière avec des œuvres nettement politiques qui raconte comment une jeune fille futile, désirant entamer une carrière d'actrice, se résigne à devenir paysanne, sous la pression amicale mais insistante de tout un village. Professeur à l'Institut central des Beaux-Arts à Pékin, il y crée le département de bandes dessinées (Lianhuanhua). Affecté aux éditions nationales, il y occupera le poste de dessinateur mais aussi celui de " rédacteur de dessin ".


Dans les années 1980, il publie un album d'inspiration autobiographique (publié en France sous le titre de Images enchaînées). Il est considéré comme un des plus grands maîtres du dessin en Chine et le musée d'art de Shanghai lui consacre une exposition permanente. Ses œuvres ont connu des tirages extraordinaires. " En entrant dans le monde de la BD, j'ai compris que je pouvais m'exprimer avec sincérité. Je suis tombé amoureux de cet art," explique-t-il.

 Images enchaînées, Les amitiés franco-chinoises, 1988
Au nombre de ses bandes dessinées les plus connues figurent Grands changements dans un village de montagne (1961) et La Combe ensoleillée (1979). 


Éditions de l’An 2, 2005

































Sa première œuvre  à être traduite en France, Mes années de jeunesse s’inscrit dans une veine très en vogue dans la BD contemporaine, le récit autobiographique. Couvrant les années 1922-1952, cette suite de dessins accompagnés de brèves légendes (dans la tradition des lianhuahua) relate avec pudeur l’enfance, l’apprentissage, et l’entrée dans la carrière de He Youzhi. Exécutés en 1987, les dessins relèvent d’une sorte de " ligne claire " orientale, ils sont délicats et précis. Ils obéissent à des compositions superbes et fourmillent de détails pittoresques qui en font aussi un reportage sur la Chine pré-maoïste.

Éditions de l’An 2, 2006
Un an plus tard est arrivé Cent métiers du vieux Shanghai comprenant les illustrations que j'avais vues en exposition, un ouvrage qui recense des métiers pratiqués dans la Chine citadine d'antan. He Youzhi évoque les petits métiers des rues qu’il a observés dans son enfance. Le vendeur d’olives, le peintre de camelote, le chiffonnier, le diseur de bonne aventure et le ramasseur de cadavres sont magnifiés par son pinceau virtuose. Si certains métiers ne s'éloignent pas trop de ceux, disparus ou non, du patrimoine chinois, comme barbier, chiffonnier ou marchand ambulant, d'autres renvoient fortement aux particularismes de l'histoire chinoise. Ainsi, on découvre des professions insolites comme ventilateur (un domestique chargé de faire tourner les ventilateurs manuels aux bains), ramasseur de cadavres ou vidangeur d'excréments. C'est un patrimoine vivant que lègue He Youzhi,  d'autant plus que les textes accompagnant ses illustrations fourmillent d’anecdotes personnelles et de " choses vues " constituant de précieux témoignages, .un ouvrage à la fois documentaire et ludique, une sorte de catalogue de curiosités, un univers qu'on pénètre avec un intérêt et plaisir.

Le vendeur de rue qui joue de l'erhu.

He Youzhi vit désormais retiré à la campagne, non loin de Shanghai.


Je suis tombée sur un entretien que He Youzhni a accordé en 2007, il se trouve ici.