Pour qui? Pour quoi?


A peine arrivée, j'ai eu envie de rédiger et d'illustrer nos découvertes et notre nouvelle vie. Pour ceux que ça intéresse, mais aussi pour nous, des fois que nos mémoires nous jouent des tours.
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vendredi 27 juin 2014

Décoder la Chine par la photographie III

Xing Danwen, Duplication
Après I, après II, je continue sur ma lancée, je ne peux plus m'arrêter, il faut conclure, il faut voir qui photographie quoi de nos jours en Chine. Petit rappel, ces trois billets ont été inspirés par une conférence de Jean Loh, directeur artistique de la galerie Beaugeste à Shanghai.

Jean Loh observe que les jeunes photographes reviennent de plus en plus à des formes traditionnelles de la photographie, une tendance qu'il aimerait voir se poursuivre. Il mentionne aussi l'inclusion de thèmes plus profonds et de questions d'engagement social dans l'exploration, ce qui sans aucun doute enrichit la dimension émotionnelle de chaque photographie.


Liu Zheng (né en 1969) a travaillé depuis 1990 à observer le changement radical et sans précédent de la Chine.  Les ondes de choc de la politique d'ouverture et de réforme de Deng et leurs effets sont pleinement pris en compte dans ses œuvres. Il explique : " La photographie, comme d'autres formes d'art, a traversé une période de transition difficile bien que nécessaire. Au cours de ces années, le rôle dominant de la photographie de propagande en Chine a commencé à s'effriter, et l'importance de la photographie traditionnelle de salon a été également significativement affaibli. Des œuvres humanisées et personnalisées ont commencé à avoir un impact. C'est dans ce contexte qu'en 1996 j'ai commencé un journal intime de photos de certains de mes amis. Nous avons tous senti qu'une nouvelle ère venait. J'ai été poussé par une force intellectuelle puissante, qui a évolué lentement dans un ensemble de croyances personnelles. Mon travail sur les Chinois est le fruit de ma propre lutte (exemple ci-dessus).  


     Lu Guang (né en 1961) est né à Yongkang dans la province du Zhejiang. À dix-neuf ans, il a rencontré la photographie tout en travaillant dans une fabrique de soie de sa ville. En 1987, il a dirigé son propre studio pendant 6 ans. Par la suite, il a étudié la photographie à l'Académie des Beaux-Arts de à Pékin. Depuis, il travaille comme photographe freelance. Son travail est axé sur les questions sociales, environnementales et économiques. Le travail de Lu Guang couvre un large éventail de conséquences dues à l'industrialisation rapide de la Chine. Un thème récurrent est celui des "villages du cancer" dans certaines provinces, les conditions environnementales négatives (pollution de l'eau notamment) et l'effet de l'industrialisation sur les campagnes chinoises et ses habitants. Il a déclaré que son choix de sujets devrait servir à sensibiliser la Chine et le monde.

Les détritus brûlés tous les jours ici, remplissent la zone d'une odeur âcre.
Chaque jour, quelque 200 agneaux viennent chercher de la nourriture dans la décharge.
Pour éviter que les agneaux ne tombent malade, leurs propriétaires
injectent leur troupeau avec des antibiotiques.
Wang Jiuliang est né dans la province de Shandong en 1976. Artiste et cinéaste, il est diplômé de l'Université de Communication de Chine et travaille comme photographe indépendant basé à Pékin. De 2007 à 2008, il a créé une série de photographies des Traditions de la Chine dans l'adoration des dieux et des esprits. Wang a été engagé dans l'enquête sur la pollution des ordures autour de Pékin depuis 2008. Alors que l'ascension économique de la Chine attire l'attention mondiale, le problème des déchets engendrés par une population en augmentation, une industrie en plein essor et une croissance urbaine insatiable a été peu médiatisé. Wang Jiuliang a concentré son objectif sur le spectacle sinistre des déchets, des excréments, des détritus et de gravats entassés sans ménagement sur ​​les terrains entourant la capitale chinoise.

   
Lu Yuanmin (né en 1950), vit et travaille aujourd'hui à Shanghai. " Il y a 30 ans, j'ai acheté mon premier appareil photo avec mes économies parce que j'admirais les images dans les livres de photographie. Celles sur la photographie de rue en particulier me fascinaient, et m'ont incité à essayer moi-même. Les années ont passé, les caméras cachées ont prospéré. Dans les 2 dernières années, j'ai utilisé toutes sortes de mini-caméras, la plus petite prenant l'apparence d'un porte-clé. Cependant, l'iPhone est une agréable surprise. Il est étonnant que l'on puisse prendre une photo en faisant semblant de saisir un message," dit-il.



Xing Danwen  a rencontré la photographie à la fin des années 80 et a été immédiatement aspirée dans ce milieu. En tant que photographe autodidacte, elle a observé et a contesté la société, l'identité féminine chinoise et la génération de ceux nés dans les années 60. En 1998, elle est allée à New York grâce à une bourse, où elle a fait sa maîtrise à l'École des arts visuels à New York. Dans sa pratique artistique actuelle, elle utilise, en plus de la photographie, des médias mixtes, vidéo et installations multimédia. Sa pratique artistique est à la fois riche et variée et ses sujets comprennent: les conflits entre la mondialisation et les traditions, les questions environnementales problématiques créées par le développement, le drame urbain entre le désir et la réalité. Elle vit et travaille à Pékin.

J'avais noté d'autres noms... je n'arrive pas à me relire ! En me promenant sur la toile, je suis tombée sur un article qui m'a bien intéressée et qui peut servir de conclusion à ces trois billets (ici)

Lu Yuanmin

jeudi 26 juin 2014

Décoder la Chine par la photographie II : Madame Mao

Bruno Barbey, Jiang Qing (Madame Mao)
J'ai commencé cette histoire en juillet 2013, certainement convaincue que j'allais enchaîner immédiatement avec la partie II. Et puis ce billet est resté dans la boîte à brouillons pendant presque un an. Il est temps d'y mettre un point final, plutôt que de le supprimer, tous ces photographes qui ont raconté la Chine méritant mieux que la poubelle.

Cette partie est consacrée à la photographie pendant la période Mao, considérée comme un outil de propagande puissant, capable de montrer une réalité déformée. Les photographes sont parfois artistes, souvent journalistes, contrôlés par Jiang Qing.


Li Zhensheng (né en 1940) a travaillé comme photojournaliste pour le Heilongjiang Daily dans les années 1960 avant de devenir documentaliste pendant la Révolution culturelle (1966-1976) visant à appliquer de façon drastique le socialisme, les traditions et la culture de la société chinoise. Ce travail l'a forcé à porter deux chapeaux, photographe officiel des Gardes rouges et photographe indépendant rebelle. Lorsque la plupart de ses collègues ont été obligés de détruire tous leurs négatifs, Li a réussi à les préserver à ses risques et périls. Plus que de simples images historiques, ils véhiculent l'incroyable courage d'un photographe.


Dès l’âge de 22 ans, le photojournaliste Henri Cartier-Bresson (1908-2004) a arpenté les sentiers du monde entier, sans jamais quitter son appareil photo. Ses voyages incessants lui ont permis de capturer le monde entier, notamment la Chine durant le Grand Bond en avant lancé dès 1958. La photographie ci-dessus a été prise à la fin des années 1950, lorsque que Cartier-Bresson a été commissionné par le magazine américain LIFE. L’auteur a capturé les bouleversements de la vie quotidienne des Chinois à travers des photographies en noir et blanc et en couleur.


Marc Riboud (né en 1923) a eu son premier contact avec un appareil photo à l’âge de quatorze ans et est entré dans l’agence Magnum en 1953, ce qui lui a permis de voyager à travers le monde (Amérique, Moyen-Orient, et Asie parmi d’autres). Il a su transcender les frontières séparant le photojournalisme et la photographie d’art en montrant une évidente passion pour ses sujets sans pour autant oublier la distance nécessaire à toute interprétation. La Chine occupe une place atypique dans son parcours puisqu’il va consciencieusement l'observer depuis 1957. Sa série La Chine sous Mao révèle à quel point Riboud était à la recherche de l’imprévisible tout en gardant un regard profondément respectueux envers ce pays et sa population. Voir aussi une page de France 3 sur Marc Riboud ici.


J'ai déjà consacré un billet à Bruno Barbey, un autre photographe illustre de l’agence Magnum. Lors de la visite de l’ancien président George Pompidou (1911-1974) en Chine en 1973, Bruno Barbey est nommé photographe officiel de la presse française. Quelques années plus tard, en 1980, il a accompagné une mission américaine pour le magazine GEO. Il a suivi les déplacements diplomatiques, documentant les rencontres, les grandes métropoles, mais aussi les charmes des paysages des provinces.


Ho Fan (né en 1937 à Shanghai) est un réalisateur et acteur hongkongais. Toutefois il est impossible de passer à côté de ses nombreuses photos expressionnistes et expérimentales qui retracent la vie urbaine du Hong Kong des années 50 à nos jours, mais aussi qui explorent des sujets plus ancrés dans la tradition picturale comme les shanshui (mot chinois signifiant la peinture traditionnelle de paysage), l’abstraction ou les nus. Les photographies de Ho Fan sont tout sauf de la " pure photographie ", il aime à leur ajouter des dimensions dramatiques et expressionnistes, en déformant volontairement les silhouettes, en accentuant les zones d’ombre et de lumière, en altérant la perspective...


Weng Naiqiang (né en 1936 à Jakarta, Indonésie) est arrivé en Chine à l’âge de 15 ans et a débuté sa carrière de photojournaliste dans les années 60. Armé de son Rolleiflex, Weng a représenté la Révolution culturelle et le rouge qui lui est associé. Le fait d’être un grand fan de Mao, et d’être nommé photographe officiel d’un tel événement historique ne pouvait laisser de marbre le photographe. Il n’est donc pas étonnant que son engouement se traduise dans ses photographies aux multiples couleurs vibrantes et dynamiques. Sous Mao, les frontières chinoises avaient fermé leurs portes à toute influence provenant des canons occidentaux de la photographie. Aussi, le but de montrer ce genre d'images n’est certainement pas d’encenser la photographie de propagande mais de comprendre ce qu’était la photographie locale même pendant une période de grand extrémisme. Indéniablement, Weng a représenté une période noire sous un nouveau jour tout en couleur. Cette imagerie à l’orientation clairement idéologique demeure une clé importante pour saisir les pratiques contemporaines, notamment la réappropriation de la symbolique du rouge. 


Niu Weiyu (née en 1927) a débuté sa carrière en tant que photojournaliste dans la Chine des années 1940. Ses portraits qui composent la grande majorité de son œuvre, allient avec talent réalité et poésie ce qui lui permet de saisir non seulement la vitalité des personnages, mais aussi la symbolique sociale de l’époque au travers de leurs activités.


En tant que photographe de l’agence Xinhua, Zhang Yaxin (né en 1933) a été chargé de photographier les opéras-modèles et leur signification politique durant la période de la Révolution culturelle. La série Red Times lève le voile sur les huit opéras officiels qui accompagnèrent la vie des Chinois durant plus de dix ans. Mais au delà de ces visions théâtrales, Zhang Yaxin a représenté également les particularités de la vie quotidienne dans la Chine des années 1960-70, comme des manifestations pro-parti communiste hautes en couleurs, ou la force de travail du peuple chinois. De telles photographies avaient pour but principal de promouvoir l’idéologie révolutionnaire, elles jetèrent néanmoins les bases d’une esthétique codifiée et d’une culture visuelle qui eurent une influence considérable sur plusieurs générations de Chinois.


Ho Fan

Au lendemain de la Révolution culturelle, la photographie documentaire se développa rapidement. Beaucoup de journalistes travaillaient alors pour l'État, et ne possédaient donc pas les droits d'auteur de leur travail. 

Marc Riboud, Beijing 1965

jeudi 19 juin 2014

Fit



Pendant ces jours, ou plutôt ces nuits, footballistiques, il n'y a pas que 22 joueurs sur un terrain dans le lointain Brésil qui tiennent la forme. Je ne pense même aux millions de spectateurs qui musclent un bras en soulevant le coude ou fortifient leurs cordes vocales.

Ici, garder la forme fait partie du quotidien. Ça ne s'appelle pas fitness, mais plutôt hygiène de vie, on fait circuler l'énergie, on dérouille les articulations au jour le jour.

Comme lui, sur le Bund

Ou eux, même endroit, même jour, tournage d'un clip pour une école de langues

Ou encore lui, dans le parc du temple Wenshu à Chengdu.

Et il y a ce voisin, devant sa petite maison au pied de notre immeuble. 

Chaque matin, je peux suivre son rituel, réveiller chaque partie du corps, en douceur, avec précision et patience. Je me surprends parfois à le copier, bien protégée, personne ne pouvant me prendre en photo ou me filmer. Lorsqu'il se met à courir dans sa courette, j'abandonne, tellement il me fait rire.

mardi 17 juin 2014

Planète foot


Regarder du football est plutôt un loisir d'expatriés. Le foot a de la peine à prendre racine en Chine, j'en ai déjà un peu parlé. Il y aura bien sûr toujours quelqu'un qui connaît un Chinois qui est passionné, mais la proportion Occidentaux-Chinois dans les "sports bars" est plutôt en faveur des premiers. Ceci dit, je ne sais pas ce que les gens regardent chez eux.


Malgré tout, la tension est montée gentiment, grâce aux sponsors officiels et à ceux qui profitent du Mundial pour mettre en avant leur lien avec le foot, tous exhibant des publicités criardes dans les rues et les stations de métro.


Les horaires des matchs sont plutôt ingrats pour notre partie du monde, les premières rencontres ayant lieu à minuit, puis 3 heures du mat, puis 6 heures... Il faut vraiment être fan, ce que je ne suis pas, en plus il est de bon ton d'aimer la bière, ce que je ne fais pas. Il se trouve que je vis avec un homme qui aime être entouré quand il va voir des matchs, qui aime la bière et qui perd tout discernement pendant toute la durée de la manifestation. Nos avis divergent, nous ne sommes pas sur la même longueur d'onde...  





















Nous avons toutefois répertorié ensemble les endroits où aller voir les matchs, ce n'est pas ce qui manque dans notre quartier. Les différents fans ont leur coin. Le choix va dépendre de l'offre, en attendant les rencontres, puis pendant les jeux. A 6 heures, le café pourrait être bienvenu, à minuit moins.

 



















Le Swiss Club a choisi un bar en bord de la Concession française. J'avais dit que j'irais, j'ai tenu ma promesse. J'avais pensé m'y ennuyer, un présage qui ne s'est pas réalisé : je n'ai pas vu le temps passer. Cerise sur le gâteau, la Suisse a gagné (péniblement !).


J'y retournerai la nuit de vendredi à samedi pour le match Suisse-France, à 3 heures. Est-ce que je serais en train d'y prendre goût ?

vendredi 13 juin 2014

Cantopop


Andy Lau
La Cantopop désigne la musique chinoise de Hong Kong, un sous-genre de la pop chinoise, la Cpop. Le terme Cantopop vient de l'expression Cantonese Popular music.

1977 : 家變,  Roman Tam (羅文)
Un énorme succès basé sur un film TV, probablement le premier méga hit,
par un des plus grands chanteurs de Cantopop

Définition (selon Wikipedia) : " La Cantopop tire son influence non seulement d'autres formes de musique chinoise, mais également d'une grande variété de styles internationaux, comme le jazz, le rock and roll, le rhythm and blues, la musique électronique, la musique pop occidentale. Les chansons de Cantopop sont presque toujours chantées en cantonais. Bénéficiant d'une communauté de fans internationale en particulier dans les pays de l'Asie du Sud-Est comme la Malaisie et Singapour, et dans la province de Guangdong, en Chine continentale, Hong Kong reste la plaque tournante du genre." 

1980 : 上海灘 (Shanghai Tang), Francis Yip (葉麗儀)
Encore une chanson d'un film TV. Une mélodie un peu chinoise,
une interprétation reconnaissable loin à la ronde (paraît-il)

Ajoutons à cela que si Beyoncé, Mariah Carey ou Justin Timberlake ont leurs fans en nombre à Hong Kong, Singapour, Shanghai ou Beijing, aucune star planétaire n'arrive à supplanter Edison Chen, Gillian Chung ou Janice Vidal dans le coeur des Chinois.

1982 : 今晚夜, Elisa Chan (陳潔靈) 
Éloignons-nous des ballades caractéristiques pour une chanson
plus rythmée qui a fait vibrer les doancefloors

J'ai lu quelque part que la Cantopop était une version saine de la musique occidentale, aucune mention sex & drugs & rock'n'roll (même si récemment cette image vertueuse a été entachée par quelques scandales). Il s'agit en général de ballades sirupeuses, des chansons d'amour que l'on peut reprendre à tue-tête entre amis au karaoké.

1989 : 誰明浪子心 , Dave Wong (王傑)
Quand on est un homme qui a trop d'amour à donner,
on ne peut s'empêcher d'aimer plus qu'une seule femme...
c'est ce que raconte la chanson.

On dit que les origines de la Cantopop sont à rechercher à Shanghai, où les influences musicales occidentales et chinoises ont d'abord été mélangées. Lorsque les communistes de Mao ont pris le pouvoir en 1949, nombre de Chinois ont fui la Chine, emportant leur musique. Une des premières mesures prises par le gouvernement était de dénoncer la "pop music" comme pornographie.

1991 : 一起走過的日子, Andy Lau (劉德華)
Certainement le tube de cette légende de la Cantopop,
une mélodie dramatique, des percussions, un peu de erhu chinois,
tous des ingrédients pour raconter la perte d'un grand amour

Il a tout de même fallu attendre les années 1970 à Hong Kong pour que la Cantopop naisse. La précédente décennie avait préparé  à la création de cette nouvelle musique pop de Hong Kong, beaucoup de groupes de musique locaux ayant imité les groupes anglo-saxons. Et voilà que les séries TV ont fait leur apparition, il leur fallait leur propre musique qui a immédiatement cartonné.

1994 : 讓我跟你走, Cass Phang (彭羚)
Sur les traces de Mariah and Whitney, une diva de HK est née.
(ici en version karaoké)
C'est dans les années suivantes que la Cantopop a connu son apogée, artistes, producteurs et maisons de disques travaillaient main dans la main pour des contrats très lucratifs. Des chansons chinoises en grande partie, mais aussi  des chansons japonaises sur lesquelles on collait des paroles en cantonais.
1997 : 約定, Faye Wong (王菲)
On dit que l'élégante Faye Wong est la chanteuse préférée des Chinois.
Cette chanson est son plus grand tube, une ballade romantique,
des amoureux qui se croisent, un amour qu'ils vont chérir à jamais

Au début des années 1990, les stars de Cantopop d'alors ont passé à la retraite, ou ont du moins réduit leurs activités, laissant le champ libre à une nouvelle génération de chanteurs et chanteuses. Tout n'a pas été facile. Politiquement d'abord, on se demandait ce qu'allait devenir Hong Kong sur le point de passer en mains chinoises. Économiquement aussi, une crise économique asiatique pointait son nez, baisse des revenus des Hongkongais, crainte de la perte de leur liberté sous contrôle chinois. Les fans se détournaient des paroles optimistes qu'on leur susurraient, ils voulaient des textes plus réalistes. Du côté des artistes on était moins copains avec les maisons de disques. Et puis, une nouvelle loi venait d'entrer en vigueur, on devait abandonner le cantonnais en faveur du mandarin.

2005 : 無賴, Ronald Cheng (鄭中基)
Le premier tube de Cheng, qui raconte l'histoire d'un type pas très net
qui se demande pourquoi sa copine l'aime encore.
Il paraît que beaucoup de gens se sont sentis concernés

Ces dernières années ont vu la Cantopop retrouver le succès, de nouvelles stars ont émergé. Le genre a gagné une forte popularité en Corée et continue de courtiser Japon. Il est en passe de devenir genre musical le plus populaire de l'Asie. Les artistes donnent régulièrement des concerts en Occident, Los Angeles, New York, San Francisco, Vancouver, Londres, des villes avec de grandes communautés chinoises. 

2012 : 留白, Ivana Wong (王菀之)
Ivana Wong, une multi-instrumentiste attirée par des voies plus expérimentales,
démontre un changement de cap de la Cantopop. Les fans ont aimé en 2012

Après quatre ans de vie chinoise, j'avoue, je ne connaissais quasi aucun nom de toutes ces stars, à part Andy Lau, un peu le Johnny Hallyday chinois et Faye Wong, parce que Fred avait acheté un CD de cette chanteuse. La ballade sirupeuse n'est pas mon premier choix en matière de musique, contrairement à beaucoup de Chinois et Chinoises. Quand j'allais faire mes courses dans mon ancien quartier, écouteurs dans mes oreilles qui m'envoyaient des morceaux de blues ou des chansons bien énergiques, je m'arrêtais vers Louis, le marchand de journaux. Nous échangions pendant quelques secondes nos écouteurs. Il me rendait vite les miens, trop fort, trop violent, tu n'es pas romantique. Je ne gardais pas les siens longtemps non plus, trop insipide, toujours la même chanson... 

2011 : 那誰, William So (蘇永康)
Le retour gagnant de William So vers le haut des charts.
Plein de clichés, et formaté parfaitement pour le karaoké...

mardi 3 juin 2014

JR est revenu


Ca y est, JR est revenu à Shanghai, cette annonce m'a mise en joie. Ce projet INSIDE OUT a pour objectif de " retourner " le monde grâce à des séries de portraits placardés au cœur de l’espace public. Outre deux expositions à la MD Gallery et à la Power Station of Art, le camion photomaton INSIDE OUT sillonne les rues de Shanghai.


Chacun est invité à se faire tirer le portrait afin de participer à cette expérience unique de street art contemporain.

J'aurais bien été me faire photographier, mais la file était tellement
longue que j'ai préféré presser sur la gâchette moi-même.
"INSIDE OUT est un projet artistique participatif à grande échelle qui transforme les messages sur l’identité personnelle des gens en une œuvre artistique. En utilisant des portraits photos en noir et blanc, chacun peut faire découvrir, révéler et faire partager les histoires tues et les images de gens à travers le monde. Les photographies numériques mises en ligne sur le site insideout, seront imprimées en format affiche et renvoyées aux participants de ce projet pour qu’ils les collent et les exposent dans leur propre communauté. Tout le monde peut participer, que vous soyez seul ou en groupe ; les affiches peuvent être collées n’importe où, d’une image isolée à la fenêtre de votre bureau jusqu’au mur rempli de portraits d’un bâtiment abandonné ou d’un stade. Ces expositions seront documentées, archivées et consultables en ligne. Je vous souhaite de défendre ce qui est important pour vous en participant à un projet d’art global, et ensemble, nous retournerons le monde…inside out ".



JR, je l'avais découvert à Shanghai en 2010, alors qu'il avait sillonné le monde et s'était même arrêté en Suisse. 

Les sillons de la ville est un projet de JR à l’échelle mondiale qui repose
sur la réalisation de portraits de personnes âgées détentrice de la
mémoire d’une ville choisie par JR pour son passé.
En parallèle, l’artiste recueille aussi les témoignages de ces personnes,
témoins des grands bouleversements de la ville. Ces portraits sont ensuite
collés par l’artiste dans la ville au gré des endroits qui l’inspirent et
représentent eux aussi la mémoire de la ville et son histoire.
Pour cette étape JR a emmené son projet à Shanghai, ville qui a connu
au XXème siècle moult bouleversement.
Sans autorisation, il s'est alors fait arrêter.  Pas rancunier, il est revenu.
Né à Paris en 1983, d'origine tunisienne, JR commence sa carrière adolescent dans le graffiti. Son pseudonyme représente les initiales de son nom. Après avoir trouvé un appareil photo dans le métro parisien en 2000, il explore l'univers de l'art urbain européen et suit ceux qui expriment leur message sur les murs. Puis, il commence à travailler sur les limites verticales, observant des gens et des tranches de vie dans les sous-sols interdits et sur les toits de la capitale. Il parcourt l'Europe à la rencontre de ceux qui s'expriment sur les murs, observe, écoute, colle.


Toujours des projets, les jeunes dans banlieues (Portrait d’une génération), des portraits de jeunes de banlieue qu’il expose, en très grand format : " Dans la rue, je touche des gens qui ne vont jamais au musée. " Puis Face 2 Face, " la plus grande expo photo illégale jamais créée ", JR affiche d’immenses portraits d’Israéliens et de Palestiniens face à face dans huit villes palestiniennes et israéliennes et de part et d’autre de la barrière de sécurité. Pour l'artiste, cette action artistique est avant tout un projet humain : " Les héros du projet sont tous ceux qui, des deux côtés du mur, m'ont autorisé à coller sur leur maison ".


JR voyage à travers le monde à l'occasion de Women are Heroes, un projet dans lequel il souligne la dignité des femmes qui sont souvent les cibles de conflits.


JR reste semi-anonyme, des initiales pour nom et des photos de lui portant chapeau et lunettes de soleil.


JR se définit comme un " artiviste urbain ", et colle ses photos sur les ponts brisés d’Afrique, dans les favelas au Brésil et à Shanghai sur des bâtiments voués à la destruction, dans le cadre de son projet Les Sillons de la ville. En septembre 2010, sur invitation du Festival Images (Vevey - Suisse), JR marque un tournant; pour le projet UNFRAMED, pour la première fois de son parcours artistique, JR n'utilise pas ses propres photographies mais celles de la grande histoire de la photographie.

Des rides sur le visage accentuées par les plis
de la photo
Après avoir été exposées dans les villes mêmes dont sont originaires les sujets de JR, les images voyagent de New York à Berlin, d'Amsterdam à Paris. Il faut aller voir sur son site, il est partout !







Devant Power Station of Art, portraits arrosés par une averse
de saison




















Je crois bien que c'est lors de la première exposition en 2010 que m'est venue l'envie de tenir un blog. La boucle est bouclée.

lundi 26 mai 2014

Musée Long : le plus grand musée privé de Chine

The Long Museum West Bund. Photo: 吴俊泽
L'inauguration du second Musée Long (Dragon) a eu lieu le 28 mars dernier, dans un quartier "en devenir ",  West Bund . Le premier à Pudong, que je n'ai pas vu, avait été ouvert en décembre 2012.

 
















Il aura fallu à peine plus d'un an pour construire le musée Long, signé de l'architecte chinois Liu Yichun de l’Atelier Deshaus, de 33 000 m2 (dont 16 000m2 de surface d'exposition),  dans ce qui se nomme Xuhui Riverside development, qui abrite déjà le Musée Yuz du colectionneur sino-indonésien Budi Tek et bientôt le siège asiatique des studios DreamWorks.

Sur les bords du Huangpu


Depuis la promenade qui longe le fleuve


























On a conservé certaines caractéristiques pour rappeler
le passé industriel du quartier : pour nourrir une centrale à charbon,
une paire de trémies portuaires, "grues" statiques
jadis utilisées pour  délester de leur chargement les barges
qui continuent à glisser le long de ce tronçon de la rivière Huangpu.


Les avis sont partagés. Oui à la présence audacieuse de tout ce béton gris et lisse, ponctué par des fenêtres blindées de tôles grillagées. Non, vraiment non, tout ce gris, tout ce béton lisse est insupportable. Oui à l'espace, en deux volumes, oui à l'espace d'accueil à double hauteur dominé par des galeries lumineuses. Non, " [...] dès l’entrée, le visiteur se sent écrasé par l’  " hénaurme " volume - oui il y a de l’Ubu dans ce lieu improbable – et l’absence d’harmonie avec la plupart des pièces présentées. Mais surtout, une fausse bonne idée tue définitivement le geste voulu j’imagine par les commanditaires et l’architecte. Ce dernier a imaginé une déclinaison à sa façon d’un style que l’on peut qualifier de " à la Ando ", en imposant à l’intérieur de tout l’édifice, à l’exception du sous-sol, des murs en béton brut qui sont la marque de fabrique du grand architecte nippon. Erreur fatale : les peintures accrochées à même ce mur perdent quasiment toute leur matière et leur substance. Elles se voient d’autant plus laminées que l’éclairage est incertain.[...] " (Mediapart, Shanghai : le Dragon terrassé par le Poulet, Claude Hudelot)



 












Une grande partie du musée est souterraine , invisible de l'extérieur. 
Des
vitrines abritent les précieux artefacts de la riche collection
du musée , dont des manuscrits anciens et des dessins d'oiseaux rares.


















S'il y a bien quelqu'un qui est mal placé pour parler d'art c'est bien moi, souvent j'aime ou je n'aime pas, avec peu de nuances et pas grand chose pour justifier mes goûts. Il en va de même pour les lieux, j'aime / j'aime pas. A Shanghai, j'ajoute une icône "je ne sais pas si j'aime, mais je suis bluffée", sur laquelle je clique en ce qui concerne ce musée et sa situation au bord du Huangpu. Un peu moins pour s'y rendre, en tous cas la première fois.


Xu Bing. Art for the People
 



Il fallait de la place, beaucoup de place pour abriter la vaste collection de Liu Yiqian et son épouse Wang Wei.  

Comment devient-on collectionneur d'art ? Liu Yiqian en quittant l'école à 14 ans a commencé par faire fortune dans la vente de sacs à main et de valises. A 27 ans, il a acquis une participation de 100RMB dans une entreprise proche de l'échoppe de ses parents qui s'est transformée en un an en 10 000RMB, qu'il a investis dans la finance et l'achat d’œuvres d'art.
A 50 ans, ce père de 4 enfants a une fortune estimée à 1,7 milliards de US$.
Il déclare volontiers qu'il est le carburant de la machine, son épouse Wang Wei la machine, choisissant les œuvres. Lui-même est très porté sur les antiquités chinoises, Wang Wei sur l’art moderne et contemporain, celles de Madame dans ce second musée, le premier accueillant celles de Monsieur.





















La première exposition est intitulée : " Re-View: Opening Exhibition of Long Museum West Bund ". Sous le commissariat principal de Wang Huangsheng, elle est divisée en trois sections. Elle présente plus de 300 travaux de 200 artistes, choisis dans la riche collection de Wang et Liu, et se déroule jusqu’au 30 juin.

Yue Minjun, On the Lake
Qiu Xiaofei, Title Page of a Photo Album

Ouverture : 10.00-18.00
Admission : 50RMB
Téléphone : 6422 7636
Métro : Longhua Zhong Lu
Adresse : 3398 Longteng Avenue, près de Ruining Lu, Xuhui
Adresse en chinois :  徐汇区龙腾大道3398号, 近瑞宁路
Site : http://www.thelongmuseum.org/html/index_en.html##

Liu Ye, Mondrian at Noon