Pour qui? Pour quoi?


A peine arrivée, j'ai eu envie de rédiger et d'illustrer nos découvertes et notre nouvelle vie. Pour ceux que ça intéresse, mais aussi pour nous, des fois que nos mémoires nous jouent des tours.
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vendredi 21 mars 2014

Les maths mènent à tout

Il y a 30 ans, la Chine avait un système scolaire qui tentait de se relever de ses cendres, la révolution culturelle avait tout brûlé. Elle lorgnait du côté de l'Occident et se disait qu'aucun progrès ne pourrait s'accomplir sans les mathématiques, la physique et la chimie.


Depuis, tout a changé. Les medias occidentaux ont salué les résultats de la Chine, en mathématiques particulièrement, lorsque le rapport PISA 2012 est sorti en décembre 2013. Déjà en 2009, c'était bien, j'avais lu l'information en diagonale, la Chine était bien loin et, surtout, les commentateurs de mon pays s'étaient indignés que nous soyons si "mauvais".

Résultats de de l'étude de 2009

Ceux de l'étude de 2012
Maintenant, la Suisse est un peu rassurée, la France est indignée, il n'y a qu'à consulter les nombreux articles à ce sujet que l'on trouve sur Internet. Shanghai pavoise. Parce que c'est ça, il ne s'agit pas de la Chine, non, juste de Shanghai où les écoles sont nombreuses, où les gens sont plus aisés, où l'éducation est plus accessible, où les enseignants ont envie d'y travailler. J'avais écrit un billet sur les difficultés d'enseigner en région rurale, on voit bien que c'est de l'eau et du vin.


Reprenons. D'abord, PISA c'est quoi ? Le programme PISA (acronyme pour "Program for International Student Assessment" en anglais, et pour "Programme international pour le suivi des acquis des élèves" en français) est un ensemble d'études menées par l'OCDE et visant à la mesure des performances des systèmes éducatifs des pays membres et non membres. Leur publication est triennale. La première étude fut menée en 2000. Un des objectifs de ces études est de comparer les performances de différents systèmes éducatifs en évaluant les compétences acquises par les élèves en fin d'obligation scolaire (quinze ans). Ces compétences sont définies comme celles dont tout citoyen moyen peut avoir besoin pour réussir dans sa vie quotidienne, ce que l'anglais appelle literacy (par exemple reading literacy, mathematical literacy et scientific literacy) difficilement traduisibles en français, qui parle plus vaguement de culture mathématique ou de savoir lire par exemple. Il s'agit plus d'évaluer la façon dont les jeunes sont capables d'exploiter leurs connaissances dans leur pratique quotidienne que leur niveau théorique dans tel ou tel domaine des sciences ou des lettres. (Wikipedia) Pour les résultats détaillés et les commentaires de l'OCDE, il faut aller voir sur son site.


La ministre de l'éducation britannique est même venue en personne à Shanghai pour voir comment les mathématiques sont enseignées par ici. La Grande-Bretagne a atterri au 26e rang en maths. Horreur, des enfants d'ouvriers de Shanghai ont mieux réussi que des filles et des fils de médecins ou d'avocats britanniques. Extraits de ses commentaires : "Notre productivité et notre croissance sont menacées par des compétences médiocres en maths. Les enfants de Shanghai ont des longueurs d'avance sur les enfants britanniques. Shanghai et Singapour ont un enseignement et une philosophie positive qui font toute la différence. Ils sont d'avis qu'assiduité compense manque de capacités. Nos nouveaux programmes les prennent en exemple parce que nous avons la preuve que cela marche là-bas. Si nous n'agissons pas rapidement nous serons face à un déclin économique. Les maths mènent à tout !"

Elizabeth Truss à Shanghai
Pourtant, après la fierté affichée plus tôt, par ici on relativise. A quoi servent les maths au quotidien ? Doit-on savoir calculer la demi-vie d'un isotope ou de l'aire d'un triangle équilatéral pour réussir en sociologie, finance ou dans les soins infirmiers ? Les examens de maths pour entrer à l'université sont assez poussés, mais certains étudiants de langues s'accordent à dire qu'à part pour leurs besoins courants, ils n'utilisent pas les maths pour lesquelles ils ont tant travaillé. A la poubelle algèbre, géométrie, trigonométrie...

Attention ! Les maths façonnent la pensée logique, elles contribuent à une formation complète, quelle que soit la profession choisie par la suite. "Beaucoup de gens n'y voient qu'un outil de calcul et ignorent la richesse des méthodes utilisées à résoudre les problèmes," plaide un professeur de maths à l'Université Normale de Shanghai. Il a analysé questions et réponses de PISA : "Nos élèves sont moins bons dans l'application de méthodes de maths pour résoudre des problèmes spécifiques. Nous devons continuer de développer une autre manière de penser, plus innovante, pour réduire la charge de mémorisation de formules chez les étudiants. Il faut améliorer nos méthodes, mais aussi réfléchir aux examens que les étudiants doivent réussir pour entrer dans des écoles supérieures. Ne rendons pas les maths optionnelles pour des jeunes de 15 ans. Cette discipline est indispensable à ceux qui se destineraient à construire des ponts, des gratte-ciel, des fusées, des programmes informatiques... Arrêtons de viser les résultats, mettons en avant le processus."

lundi 17 mars 2014

Wuhan : Frein à la myopie


En Chine, nous sommes nombreux à être myopes ou très myopes et il semble que cela ne devrait pas s'arranger puisque de plus en plus d'enfants sont diagnostiqués "taupes potentielles".

Wuhan sur les rives du Yangtsé, la capitale de la province du Hubei,
est la douzième ville la plus peuplée du pays, et la deuxième plus grande ville
de l'intérieur, après Chongqing. C'est le plus grand port fluvial de Chine.
Sa population est de 9,1 millions d'habitants (2010).
 La ville de Wuhan a décidé de combattre le mal ou, en tous cas, d'en retarder l'apparition. Une école primaire a installé de nouveaux bancs et tables, gracieusement offerts par un centre ophtalmologique de la ville, qui pourraient ralentir l'arrivée de la myopie chez les jeunes têtes noires. Dans toute la Chine, une étude a démontré en 2010 que 40.9% des élèves âgés de 7 à 12 ans en souffraient, une augmentation de 9.22% par rapport à 2005.


Les causes de myopie sont nombreuses. Passons-les en revue (Wikipédia simplifié) :
  • La plupart des chercheurs pensent que la myopie est héréditaire avec parfois saut d'une génération. Le gène codant pour la taille de l'œil serait situé sur le chromosome 5. Certaines études suggèrent que la myopie pourrait être héréditaire jusqu'à 89 %. 
  • Une seconde théorie attribue la myopie à des facteurs environnementaux. Elle soutient qu'un travail de près soutenu renforce les muscles ciliaires qui assurent l'accommodation et diminuerait ainsi la courbure cristallinienne d'une façon durable.
  • Il n'est pas totalement exclu qu'une importante durée de travail sur écran ne soit pourvoyeuse de myopie tardive même si, pour le moment, les études montrent que la fatigue visuelle souvent évoquée ne résulterait que de troubles de la vision déjà présents et non de pathologies acquise. Au contraire, il semble qu'une activité extérieure régulière durant l'enfance pourrait prévenir l'apparition de la myopie.
  • Il a été suggéré que des causes alimentaires, particulièrement la consommation de sucres rapides, étaient responsables de la forte augmentation de myopes durant les dernières décennies. Les données anthropologiques, ethnologiques, historiques et médicales en faveur de cette hypothèse sont assez fortes.
  • Le manque de lumière naturelle pourrait être un facteur. Si passer des heures à lire, jouer ou travailler sur un écran favorise la myopie, cela serait parce qu'indirectement l'on passe alors beaucoup moins de temps dehors. Les enfants avides d'activités sollicitant la vision de près avaient trois fois plus de chance d’être myope que ceux qui pratiquent beaucoup d’activités de plein air, et lisaient peu
Fin de la chronique médicale...

Certains enfants ont de la peine à s'habituer à la barre
devant eux lors d'exercices d'écriture
L'école ne peut pas tout gérer, notamment pas les parents qui souhaitent faire de leur rejeton unique un génie en le ou la faisant écrire et lire des millions de signes depuis sa plus tendre enfance, bien avant d'aller à l'école, sans se préoccuper de sa position devant livres et cahiers. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Yang Lihua (en d'autres termes, c'est vrai) du centre ophtalmologique qui a fourni le mobilier à 19 écoles. L'école ne peut pas empêcher les parents d'offrir à leur enfant un smartphone ou une tablette, même à ceux qui sont en âge préscolaire. L'école peut sensibiliser les mômes à garder leurs distances, d'où ces drôles de tables.

Il faut au moins 2 mois pour changer les habitudes
de lecture
Si ça marche, ce que je souhaite, ce sont les fabricants de ce matériel qui vont se frotter les mains et chausser leurs lunettes pour compter tous les zéros. 

mercredi 28 novembre 2012

Confucius

A Nanjing
Je ne cherche pas à connaître les réponses, je cherche à comprendre les questions. 


Confucius, né le 28 septembre 551 av. J.-C. et mort le 11 mai 479 av. J.-C., est le personnage historique ayant le plus marqué la civilisation chinoise. Considéré comme le premier "éducateur" de la Chine, son enseignement a donné naissance au confucianisme, une doctrine politique et sociale qui a été érigée en "religion d'État" dès la dynastie Han et qui ne fut officiellement bannie qu'au début du XXe siècle. Né à Zou (陬) près de Qufu (曲阜) dans l’actuelle province du Shandong, il est généralement appelé Kǒngzǐ (孔子) ou Kǒng Fūzǐ (孔夫子) par les Chinois, ce qui signifie "Maître Kong" et qui a été latinisé en Confucius par les Jésuites. Les japonais l'appellent "Kôshi".

Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie.

Gardien au parc des sculptures de Jing'an
Les idées de Confucius ont influencé toutes les civilisations d'Asie de l'Est. La croyance en la capacité de l'homme ordinaire à modifier son propre destin caractérise cet héritage. En contraste avec son incroyable influence, la vie de Confucius est d'une simplicité exemplaire. Instruit par sa mère, il se distingue par une infatigable envie d'apprendre. Sa maîtrise des arts lui permet d'ailleurs de débuter une brillante carrière d'enseignant. Il s'implique en politique, souhaitant mettre ses idées humanistes en pratique auprès des gouvernements. Il devient magistrat puis ministre de la Justice dans l'Etat de Lu. A 56 ans, il réalise finalement que ses supérieurs ne sont pas intéressés par ses idées et quitte le pays pour un exil de douze ans. Pendant ce temps sa réputation d'homme de vision se répand. A 67 ans, il retourne chez lui pour enseigner et écrire. Ses "Entretiens" et ses théories, largement popularisés par ses disciples, constituent une doctrine de perfectionnement moral.

L’homme sage n’est pas comme un vase ou un instrument qui n’a qu’un usage ; il est apte à tout.

Il est apte à tout !
Bien qu’il n’ait jamais développé sa pensée de façon théorique, on peut dessiner à grands traits ce qu’étaient ses principales préoccupations et les solutions qu’il préconisait. Partant du constat qu’il n’est pas possible de vivre avec les oiseaux et les bêtes sauvages, et qu’il faut donc vivre en bonne société avec ses semblables, Confucius tisse un réseau de valeurs dont le but est l’harmonie des relations humaines. Bien qu’il affirme ne rien inventer et se contenter de transmettre la sagesse ancienne, Confucius a interprété les anciennes institutions selon ses aspirations, il a semé les graines de ce que certains auteurs appellent l' "humanisme chinois".

Quand on ne sait pas ce qu'est la vie, comment pourrait-on savoir ce qu'est la mort ?

Quand les fenêtres se transforment
en vitraux parce qu'un immeuble voisin
se reflètent dedans
Mettant l’homme au centre de ses préoccupations et refusant de parler des esprits ou de la mort, Confucius n’a pas fondé de religion au sens occidental du terme, même si un culte lui a été dédié par la suite. Cherchant à fonder une morale positive, structurée par les "rites" et vivifiée par la "sincérité", mettant l’accent sur l’étude et la rectitude, Confucius représente pour les Chinois d’avant la Révolution l’éducateur par excellence, mais la lecture attentive des Entretiens montre qu’il n’a pas voulu s’ériger en maître à penser, et qu’au contraire il voulait développer chez ses disciples l’esprit critique et la réflexion personnelle : "Je lève un coin du voile, si l’étudiant ne peut découvrir les trois autres, tant pis pour lui. "

 La joie est en tout ; il faut savoir l'extraire.


La postérité de Confucius, en Chine et en Extrême-Orient, ne saurait être sous-évaluée, le Confucianisme a été choisi comme philosophie d’État en Chine pendant la dynastie Han. Jusqu’à la fin de l’Empire, en 1911, le système des examens, basé sur le corpus confucéen, est resté en vigueur et est toujours prépondérante à l’époque actuelle. La Corée du Sud et Singapour se réclament toujours de cette doctrine politique. Le Japon se revendique également de cette doctrine pour les bases de sa société.

L'expérience est une lanterne attachée dans notre dos, qui n’éclaire que le chemin parcouru.


Les Quatre Livres (四書 Sì shū) sont
  • La Grande Étude, (大學 Dà Xué).
  • L’Invariable Milieu (中庸 Zhōng Yóng).
  • Les Entretiens de Confucius (論語 Lùn Yǔ).
  • Le Mencius (Livre) (孟子 Mèng Zǐ).
Celui qui déplace la montagne, c'est celui qui commence à enlever les petites pierres.
A l'intérieur d'un tolou
Les Cinq Classiques (五經 Wǔ jīng) sont
  • Le Canon des Poèmes (詩經 Shī Jīng).
  • Le Canon de l'Histoire (書經 Shū Jīng).
  • Le Livre des Mutations ou Yi King (易經 Yì Jīng).
  • Le Livre des Rites (禮記 Lǐ Jì).
  • Les Annales des Printemps et des Automnes (春秋 Chūn Qiū, alias 麟經 Lín Jīng).
  • Un sixième classique a été perdu : Le Canon de la Musique (樂經).
Celui qui ne progresse pas chaque jour, recule chaque jour.

A Wulumuqi Lu, juste à côté de chez nous
Les citations sont toutes de Confucius, bien entendu. En parcourant d'interminables listes, je suis tome sur certaines que je connaissais déjà sans savoir à qui les attribuer. Maintenant je sais !

Quand un homme a faim,
mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson.

Une image vaut mille mots.
 
Lorsque l'on se cogne la tête contre un pot
et que cela sonne creux,
ça n'est pas forcément le pot qui est vide.

vendredi 18 novembre 2011

Education sexuelle


L'article de journal sur lequel je me base note en titre : "No sex education please, we're Chinese" (Svp, pas d'éducation sexuelle, nous sommes chinois). Il m'a fait penser à "No sex please, we're British" (Svp pas de sexe, nous sommes britanniques), une pièce très populaire à Londres dans les années 70. Il m'a fait rire (c'est fou ce qu'on rit pour un rien à Shanghai). Et c'est bien le seul moment où on rit parce que l'article dépeint une situation plutôt désolante.

Trouver des photos pour ce sujet s'est avéré
difficile. Parmi les miennes, il faut chercher le lien
(ici : un marchand de cadenas!!!) et heureusement
j'ai trouvé mieux sur Internet.


Des adolescentes de plus en plus jeunes font appel à des cliniques pour avorter ou donnent naissance à leur bébé dans des endroits improbables. J'imagine qu'il y a aussi de tels cas ailleurs qu'en Chine. Je crois cependant qu'ici on cumule les situations chinoises, telles que forcer une toute jeune fille à avoir des relations sexuelles avec un vieux (genre 60 ans...) aux situations que nous connaissons en occident, mais sans informations préalables, sans cours d'éducation sexuelle.


Un papa berçant sa petite, c'est moins tiré
par les cheveux


Les parents trouvent en général que de parler d'éducation sexuelle avec leur enfant n'est pas utile, les gosses vont déjà bien apprendre en grandissant, inutile d'en faire tout un plat. Au contraire, en parler pourrait leur donner des idées et les pousser sur un mauvais chemin, "si mon enfant ne connait rien du sexe, il ne saura même pas que ça existe".  C'est aussi un tabou en Chine ou, en tous cas, les parents sont trop gênés pour en parler. Il en va de même pour la plupart des écoles. La directrice d'une des écoles de mon quartiers avance un argument de poids : "Le système scolaire chinois ne prévoit pas de poste pour l'enseignement de l'éducation sexuelle. Pas de poste, pas de salaire." Ben voyons. D'autres responsables d'écoles sont plus progressistes en la matière, ils laissent une petite place à l'éducation sexuelle dans les cours de biologie. Et d'autres encore ont mis en place une salle de consultation psychologique pour les adolescents dans laquelle on peut retrouver les profs de biologie et des "instructeurs de santé mentale" (!!!) pour lesquels, je suppose, on a un budget. Je me demande s'ils répondent à des questions que se posent les adolescentes chinoises telles que :
  • Est-ce que je vais tomber enceinte si mon copain m'embrasse?
  • Est-ce que je peux avoir un autre avortement un mois après le premier?




Il y a quand même des écoles qui se lancent...
mais pas toujours avec l’approbation des parents


Apparemment, ça ne suffit pas.Les cliniques sont surchargées quelques mois après les vacances d'été. On peut y rencontrer des filles qui ont déjà subi 13 avortements ou d'autres qui n'ont que 13 ans. Comme le nombre de filles est en nette hausse depuis 2006, certaines cliniques ont mis en place une hotline qui permet d'offrir des consultations gratuites. Il ne s'agit alors pas d'informer ou d'éduquer, mais d'agir vite, 10% des filles ont déjà eu 2 avortements, 3% plus de 3 avortements, 3% ont utilisé la pilule du lendemain et aussi 3% ont fait appel à des moyens plus "artisanaux" pour avorter. 30% des filles trouvent que l'avortement n'est rien de grave et 50% n'ont pas d'avis. Le 20% restant exprime de la peur à l'idée de tomber enceinte.


 La directrice d'une de ces cliniques, celle qui a lancé la hotline, s'inquiète de l'évolution de ces 5 dernières années, particulièrement du fait que les adolescentes qui ont besoin d'aide ont souvent 14 ou 15 ans. "J'essaie de les inciter à se protéger lors de relations sexuelles, pour éviter une grossesse bien sûr, mais aussi contre les maladies sexuellement transmissibles. Tout ce qu'elles répondent à mes recommandations est qu'on les débarrasse du bébé." Alors, elle, elle aimerait bien que les parents et l'école s'occupent d'éducation sexuelle.


 

J'ai déjà cet article en tête lorsque j'écoute Les ados face au sexe sur RSR.ch. Ici, clairement nous sommes dans un autre monde!

jeudi 25 août 2011

L'enfant unique


Ah, l'enfant unique! Sujet délicat s'il en est. Que n'ai-je pas entendu sur nous, les enfants uniques : gâtés, égoïstes, incapables de partager ou de collaborer, pensant que le monde nous appartient... Ça marque toute une vie, tellement que chaque fois qu'on m'a demandé si je voulais faire figurer quelque chose de particulier sur un certificat de travail, je souhaitais toujours qu'on note que je savais collaborer avec mes collègues. Ce que les autres ne réalisent pas, c'est que nous sommes propulsés très vite dans un monde d'adultes et qu'il faut parfois beaucoup d'arguments pour faire valoir ses goûts d'enfant ou d'adolescent. Par exemple, convaincre une paire de parents que, non, on n'est pas un extra-terrestre de vouloir aller à un concert de Led Zeppelin à 16 ans et qu'il faut savoir s'entourer de copains pour convaincre les dits parents.


Alors je regarde avec attention tous ces enfants uniques chinois et je me rends compte que leur sort n'est pas à envier. Eux, ce n'est pas que deux parents qu'ils doivent "gérer" mais tous les grands-parents. Les parents travaillent et l'éducation de l'enfant est souvent assurée par les grands-parents qui vivent chez leur fils ou leur fille.

Et cet enfant, c'est un prince ou une princesse, voire plus haut dans la hiérarchie. A quoi le voit-on? Il n'est que rarement transporté dans un buggy, non, on le porte. On m'a dit que c'était parce que les poussettes chinoises étaient peu fiables et que les modèles occidentaux étaient trop chers. Dans une société où les utilisateurs d'iphone sont tout de même nombreux, il me semble que le prix est une excuse valable pour certains, certes, mais en général peu acceptable. J'ai plutôt l'impression qu'on aime porter son "trésor" et qu'on le porte longtemps. Parfois on le brandit carrément et, s'il devient trop lourd, on se l'accroche sur le dos.


Et quand il devient trop long, alors, enfin, il marche, mais on lui porte tout ce qui pourrait l'encombrer, par exemple son sac d'école. Il ne faudrait pas qu'il se fatigue, quand même.

Je suis toujours très étonnée de voir à quel point tout le monde accepte que l'enfant soit traité avec tant d'égards. Il n'y a un peu que nous, les étrangers, que cela étonne. Prenons le métro. Dans les wagons, il y a des places assises, assez peu pour permettre à la horde des voyageurs de s'entasser debout dans les couloirs centraux pendant les heures de pointe particulièrement.


Une rame vide, c'est rare.
Quelques sièges sont réservés à des populations bien précises : les vieux, les adultes avec petits enfants sur les genoux, les handicapés, les femmes enceintes. C'était bien la peine de faire 9000 km pour découvrir cela!


Sauf que, souvent, tous ces gens privilégiés voyagent debout et qu'à ces places de choix, on trouve des enfants et parfois juste leur sac d'école, tout ça sous le regard bienveillant des passagers et, surtout, de leurs grands-parents.

D'un autre côté, ces princes et princesses ont des pressions parfois difficiles à supporter au niveau des performances scolaires, puisqu'ils sont poussés par toute une ribambelle d'adultes.

Alors on se demande ce que cette société va devenir. Tant que le prince ou la princesse grandit, l'enfant est au centre de toutes les attentions des nombreux adultes de sa famille et subit toutes les pressions dues à leurs attentes. Et  ensuite, il ou elle se retrouve dans une société impitoyable. Ça doit être un choc et pas forcément un cadeau pour les employeurs.




Le gouvernement central a décidé de revoir progressivement sa politique de l'enfant unique. J'en ai un peu parlé dans ma chronique sur les allocations familiales. Il semble que cette politique pourrait être "ajustée" pour différentes raisons,
  • le vieillissement de la population, particulièrement observable dans les grandes villes,
  • la pénurie de jeunes travailleurs
  • la proportion filles - garçons dans la société  (plus de garçons que de filles rendant difficile le mariage des garçons de familles pauvres),
  • la solitude des enfants, et
  • la mentalité "prince ou princesse".
Mais même si les Chinois sont tentés d'avoir un deuxième enfant,  ils y voient un grand nombre d'obstacles, le premier étant le coût de l'éducation d'un enfant. En ville, une recherche de 2009 démontre que dans notre quartier (Xuhui) le prix d'une éducation complète est de 490 000 yuans (qu'on peut quasi diviser par 8 maintenant!). Et depuis, avec le développement social et économique tellement rapide l'enfant a encore davantage besoin d'un ordinateur, d'un téléphone qui fait tellement d'autres choses, d'une tablette informatique, ... . Et comme tout ça coûte cher, il faut travailler plus, au risque de ne plus voir sa famille.

Une autre série d'obstacles est observée dans le mode de vie de Chinois puisqu'ils n'ont plus de modèle de famille "nombreuse" : stress, manque de place dans les appartements, employeurs de la mère peu enclins à renouveler le contrat de travail, grands-parents opposés à l'agrandissement de la famille. L'enfant unique a encore une belle vie devant lui, les familles à 96% lui donnent raison.

On se promène en famille avec le petit

jeudi 30 juin 2011

La main d'oeuvre bon marché appartient au passé


Sans "?" Sans "!" Sans "...". Comme je l'ai trouvé dans le journal l'autre jour.

 J'aime bien, ça ne donne aucune indication, c'est flou et mystérieux. Voyons donc.

Sur les chantiers, on emploie beaucoup de migrants
On le sait bien, la compétitivité de la Chine dépend en premier lieu d'une abondance de main d’œuvre bon marché. Mais ça pourrait bien changer. Les gens des campagnes qui viennent trouver un emploi dans les villes, particulièrement de l'est du pays, sont en diminution. Après le dernier Nouvel An en février 2011, on a pu constater une pénurie de travailleurs migrants (toujours des Chinois, mais venant des campagnes). Ils sont retournés chez eux pour les fêtes, mais ne sont tout simplement pas revenus. Le recteur de la Faculté des sciences économiques de l'Université Fudan explique que ces migrants ne sont plus d'accord de travailler pour une maigre pitance alors qu'ils sont entourés de richesses ostentatoires; le pays va bien et eux sont à la traîne. Alors pourquoi devoir travailler tellement loin de chez eux? D'autant plus que le Gouvernement Central pousse pour que des entreprises se développent au centre et à l'ouest du pays.

Un migrant qui retourne chez lui lors du Nouvel An chinois
Je me vois ici obligée de m'éloigner de mon sujet du jour, mais c'est pour mieux y revenir plus tard.

Si on m'avait demandé quelle était la plus grand ville de Chine, j'aurais hésité entre Beijing et Shanghai. Beijing? Shanghai? Ou alors Guangzhou (anciennement Canton)? Pas du tout. Bon, il faut voir comment le calcul est fait, si on prend la ville même ou si l'on y inclut la banlieue. Faisons donc ça, prenons ville et banlieue pour arriver gentiment à 32 millions. Mais quelle est cette bucolique petite bourgade? Suspens... And the winner is ... Chongqing! Oui, je sais, c'est un choc. Allons tout de suite voir ce que le fidèle Wikipédia nous raconte:
"Historiquement, Chongqing (en sinogrammes simplifiés : 重庆 ; en sinogrammes traditionnels : 重慶 ; en pinyin : Chóngqìng (ou Ch'ung-ch'ing, nommée autrefois Tchongking en français)* était une des principales villes de la province du Sichuan. Dans les années 1990 (à partir du 18 juin 1997, plus précisément), la ville et des régions voisines ont été détachées de la province et sont devenues une municipalité, type particulier de division administrative chinoise. En 2010, la zone urbaine compte environ huit millions d'habitants. La municipalité dans son ensemble s'étend sur 82 300 km² et regroupe plus de trente-et-un millions de personnes.
Chongqing présente d'importantes différences avec les trois autres municipalités, Shanghai, Pékin et Tianjin. Alors que celles-ci sont situées dans l'est du pays et existaient avant la proclamation de la république populaire, la municipalité de Chonqqing a été recréée dans les années 1990 pour des raisons économiques (volonté des dirigeants chinois d'en faire un pôle économique majeur de la Chine intérieure) et pour gérer les relogements des personnes déplacées par la mise en eau du barrage des Trois Gorges. Dans les années 2000, la partie urbaine de Chongqing a été une des régions de Chine où la croissance démographique a été la plus forte."
Et que l'on ne vienne pas me dire que c'est
comme Shanghai
Ça valait la peine de se lever, non?

Pour voir où ça se trouve.
Nous n'y sommes encore
jamais allés.














En fait, j'ai aussi lu, il y a quelques mois, que les autorités, non seulement encourageaient, mais aussi imposaient aux paysans la vente de leurs terres pour une bouchée de riz et faisaient, de ce fait, une double bonne opération:  avoir davantage de terrains pour des développement industriels et de la main d’œuvre. Celui qui dénonçait ce plan était un autre économiste qui craignait que le pays ne souffre de pénurie de nourriture et qu'il faille aller s'approvisionner en Afrique ou au Brésil, où, par ailleurs, la Chine possède des terres. Mais ceci est hors sujet. Absolument.

Un marché improvisé dans un hutong de Beijing
Résumons. L'est, avec son opulence n'a plus la cote auprès des ouvriers migrants. Trop loin de chez eux.
Et trop mal payé. Les migrants veulent gagner davantage. Même si le salaire minimum a augmenté de 22% entre 2009 et 2010, Shanghai ayant la palme d'or avec 1 120 yuans (on divise toujours par 7) par mois. Il faut dire que la génération montante n'est plus comme la précédente. S'ils doivent tout quitter, il faut que cela en vaille la peine. Le gouvernement a imposé aux entreprises de prendre en charge la sécurité sociale de leurs employés. Et pour certaines entreprises, cela peut signifier fonctionner à perte ou la fermeture. Un député de la Fédération Chinoise de l'Industrie et du Commerce commente: "Dans le passé, la main d’œuvre était bon marché parce que les paysans avaient zéro salaire. Tout ce qui était plus élevé que zéro faisait l'affaire. L'industrie s'était habituée à cette pratique et il faut un certain temps d'adaptation à la nouvelle réalité."










Maintenant, ce qui manque le plus dans la société chinoise, ce sont des ouvriers qualifiés et des techniciens. Il y a pléthore d'universitaires, mais les écoles professionnelles ne font pas le plein. Les raisons sont multiples et diverses. Les travailleurs non-qualifiés n'ont souvent pas les moyens d'investir dans une formation. Même si la formation est offerte, chaque jour d'étude est un jour de salaire perdu. Et d'un autre côté des millions d'universitaires se battent pour quelques postes dans l'industrie et acceptent des salaires bien au-dessous de ce que leurs diplômes rapportaient il y a encore quelques années.
A l'expo solaire. Pause clope et étude du plan
Tout ça force à la réflexion. Souvent nous nous disons que nous aurions bien des choses à retirer de notre expérience, de cette Chine qui s'ouvre à nous. Mais ces 9 000 km nous font aussi réaliser qu'il y a des belles réussites chez nous, comme la formation. Alors veillons sur elle, bichonnons-la.


* Si on nous demande. Et si on veut gagner à "Questions pour un champion" dans la catégorie "Chine".