Pour qui? Pour quoi?


A peine arrivée, j'ai eu envie de rédiger et d'illustrer nos découvertes et notre nouvelle vie. Pour ceux que ça intéresse, mais aussi pour nous, des fois que nos mémoires nous jouent des tours.

samedi 28 juin 2014

La pluie de prune tarde à nous arroser


Depuis quelques jours, notre quotidien nous menace. Il annonce l'arrivée des pluies torrentielles de juin, la saison des pluies de prune est à nos portes. Oh, nous ne trépignons pas d'impatience de vivre dans l'humidité permanente. Cette saison n'est pas très agréable, on bousille ses chaussures, on attrape un gros rhume d'être toute mouillée sous une ventilation bien fraîche, toute une série d'inconvénients que j'ai découverts en 2011 et dont j'ai parlé ici 


On sentait bien débarquer l'avalanche de prunes, il faisait collant, lourd et étouffant, avec ici et là une pluie hostile, mais rien de bien alarmant. Je m'impatientais presque, bien au sec dans mes nouvelles chaussures de toile, que les trombes d'eau nous arrosent et qu'on en finisse. Pourtant, il manquait quelques degrés, Celsius ou Fahrenheit qu’importe, pour que la situation soit insupportable, comme dans mon souvenir. En juin 2011, j'avais écrit " la pluie s’arrête pendant cinq minutes et il fait immédiatement 35°C ...", cette année nous avons rarement dépassé les 30°C. Rapporter temps qu'il fait pour s'en souvenir, c'est aussi à cela que sert un blog.

Magasins et établissements publics mettent
à notre disposition 2 types de sacs en plastique,
pour les longs parapluies et les pliants.

Prévisionnistes, météorologues, tout ce que la ville compte d’organes officiels le clamaient haut et fort, garder vos parapluies à portée de main, c'est pour demain. Demain, toujours demain. On nous balance des chiffres : " Annonçant le début officiel de la saison des pluies, le Bureau météorologique de Shanghai a annoncé 13 jours de retard sur l'an dernier, mais seulement trois jours plus tard que la moyenne." Nous étions rassurés, pas de quoi s'affoler, la fin du monde arriverait quand même.


Vers le 15 juin, nous avons subi l'arrivée des termites, nous obligeant à manger à l'intérieur pendant quelques jours. Les marchands de raquettes pulvérisatrices d'insectes les ont ressorties des stocks, le Chinois n'ayant pas besoin de cours de marketing. Mais rien d'alarmant. D'ailleurs, ces termites étaient bien timides et ont disparu de la circulation.

Des bandes de tapis nous évite de nous étaler sur le marbre
des centres commerciaux
Le journal en parlait chaque jour, je me disais que le boulot de journaliste était bien difficile : que raconter quand il n'y a rien à dire ? " La saison des pluies - mei yu ji 梅雨季 en chinois - est définie comme commençant le premier jour d'une période de cinq jours quand il pleut ​​quatre jours sur cinq. Elle doit être précédée par trois de ces cinq jours où les températures moyennes ont dépassé 22°C." Nous étions plus malins, c'est déjà ça. " La ville verra les pluies au cours des prochains jours, les airs froid et chaud se rencontreront dans les cours moyen et inférieur du fleuve Yangtsé, " a dit Zhang Ruiyi, un agent du service chef au bureau. " Shanghai se trouve au nord de la bande de pluie et connaîtra davantage de pluie," a-t-elle ajoutéOn nous a bercé de paroles, un vent d'est gardait des températures inférieures à 30°C, mais l'humidité accrue rendrait les conditions inconfortables. Bientôt. Averses attendues. Même des coups de tonnerre et la foudre (pour agrémenter notre lecture, je suppose). Nuageux avec quelques pluies (on ne prend pas de risque). Temps couvert, prévisions de pluie (ici pas trop de risque non plus). Pendant toute une semaine, que du bla-bla, avec une variation bienvenue, on se préoccupe des étudiants, les examens vont commencer, il faut prévoir assez de temps pour arriver à l'heure, à cause des pluies torrentielles.


Et ouf, elle est arrivée, la pluie. Torrentielle, comme vache qui pisse. Une fois qu'il ne me restait plus que des chaussures en toile, c'est malin. J'ai noté un bon conseil, emballer mes pieds et mes chaussures dans des sacs en plastique.

vendredi 27 juin 2014

Décoder la Chine par la photographie III

Xing Danwen, Duplication
Après I, après II, je continue sur ma lancée, je ne peux plus m'arrêter, il faut conclure, il faut voir qui photographie quoi de nos jours en Chine. Petit rappel, ces trois billets ont été inspirés par une conférence de Jean Loh, directeur artistique de la galerie Beaugeste à Shanghai.

Jean Loh observe que les jeunes photographes reviennent de plus en plus à des formes traditionnelles de la photographie, une tendance qu'il aimerait voir se poursuivre. Il mentionne aussi l'inclusion de thèmes plus profonds et de questions d'engagement social dans l'exploration, ce qui sans aucun doute enrichit la dimension émotionnelle de chaque photographie.


Liu Zheng (né en 1969) a travaillé depuis 1990 à observer le changement radical et sans précédent de la Chine.  Les ondes de choc de la politique d'ouverture et de réforme de Deng et leurs effets sont pleinement pris en compte dans ses œuvres. Il explique : " La photographie, comme d'autres formes d'art, a traversé une période de transition difficile bien que nécessaire. Au cours de ces années, le rôle dominant de la photographie de propagande en Chine a commencé à s'effriter, et l'importance de la photographie traditionnelle de salon a été également significativement affaibli. Des œuvres humanisées et personnalisées ont commencé à avoir un impact. C'est dans ce contexte qu'en 1996 j'ai commencé un journal intime de photos de certains de mes amis. Nous avons tous senti qu'une nouvelle ère venait. J'ai été poussé par une force intellectuelle puissante, qui a évolué lentement dans un ensemble de croyances personnelles. Mon travail sur les Chinois est le fruit de ma propre lutte (exemple ci-dessus).  


     Lu Guang (né en 1961) est né à Yongkang dans la province du Zhejiang. À dix-neuf ans, il a rencontré la photographie tout en travaillant dans une fabrique de soie de sa ville. En 1987, il a dirigé son propre studio pendant 6 ans. Par la suite, il a étudié la photographie à l'Académie des Beaux-Arts de à Pékin. Depuis, il travaille comme photographe freelance. Son travail est axé sur les questions sociales, environnementales et économiques. Le travail de Lu Guang couvre un large éventail de conséquences dues à l'industrialisation rapide de la Chine. Un thème récurrent est celui des "villages du cancer" dans certaines provinces, les conditions environnementales négatives (pollution de l'eau notamment) et l'effet de l'industrialisation sur les campagnes chinoises et ses habitants. Il a déclaré que son choix de sujets devrait servir à sensibiliser la Chine et le monde.

Les détritus brûlés tous les jours ici, remplissent la zone d'une odeur âcre.
Chaque jour, quelque 200 agneaux viennent chercher de la nourriture dans la décharge.
Pour éviter que les agneaux ne tombent malade, leurs propriétaires
injectent leur troupeau avec des antibiotiques.
Wang Jiuliang est né dans la province de Shandong en 1976. Artiste et cinéaste, il est diplômé de l'Université de Communication de Chine et travaille comme photographe indépendant basé à Pékin. De 2007 à 2008, il a créé une série de photographies des Traditions de la Chine dans l'adoration des dieux et des esprits. Wang a été engagé dans l'enquête sur la pollution des ordures autour de Pékin depuis 2008. Alors que l'ascension économique de la Chine attire l'attention mondiale, le problème des déchets engendrés par une population en augmentation, une industrie en plein essor et une croissance urbaine insatiable a été peu médiatisé. Wang Jiuliang a concentré son objectif sur le spectacle sinistre des déchets, des excréments, des détritus et de gravats entassés sans ménagement sur ​​les terrains entourant la capitale chinoise.

   
Lu Yuanmin (né en 1950), vit et travaille aujourd'hui à Shanghai. " Il y a 30 ans, j'ai acheté mon premier appareil photo avec mes économies parce que j'admirais les images dans les livres de photographie. Celles sur la photographie de rue en particulier me fascinaient, et m'ont incité à essayer moi-même. Les années ont passé, les caméras cachées ont prospéré. Dans les 2 dernières années, j'ai utilisé toutes sortes de mini-caméras, la plus petite prenant l'apparence d'un porte-clé. Cependant, l'iPhone est une agréable surprise. Il est étonnant que l'on puisse prendre une photo en faisant semblant de saisir un message," dit-il.



Xing Danwen  a rencontré la photographie à la fin des années 80 et a été immédiatement aspirée dans ce milieu. En tant que photographe autodidacte, elle a observé et a contesté la société, l'identité féminine chinoise et la génération de ceux nés dans les années 60. En 1998, elle est allée à New York grâce à une bourse, où elle a fait sa maîtrise à l'École des arts visuels à New York. Dans sa pratique artistique actuelle, elle utilise, en plus de la photographie, des médias mixtes, vidéo et installations multimédia. Sa pratique artistique est à la fois riche et variée et ses sujets comprennent: les conflits entre la mondialisation et les traditions, les questions environnementales problématiques créées par le développement, le drame urbain entre le désir et la réalité. Elle vit et travaille à Pékin.

J'avais noté d'autres noms... je n'arrive pas à me relire ! En me promenant sur la toile, je suis tombée sur un article qui m'a bien intéressée et qui peut servir de conclusion à ces trois billets (ici)

Lu Yuanmin

jeudi 26 juin 2014

Décoder la Chine par la photographie II : Madame Mao

Bruno Barbey, Jiang Qing (Madame Mao)
J'ai commencé cette histoire en juillet 2013, certainement convaincue que j'allais enchaîner immédiatement avec la partie II. Et puis ce billet est resté dans la boîte à brouillons pendant presque un an. Il est temps d'y mettre un point final, plutôt que de le supprimer, tous ces photographes qui ont raconté la Chine méritant mieux que la poubelle.

Cette partie est consacrée à la photographie pendant la période Mao, considérée comme un outil de propagande puissant, capable de montrer une réalité déformée. Les photographes sont parfois artistes, souvent journalistes, contrôlés par Jiang Qing.


Li Zhensheng (né en 1940) a travaillé comme photojournaliste pour le Heilongjiang Daily dans les années 1960 avant de devenir documentaliste pendant la Révolution culturelle (1966-1976) visant à appliquer de façon drastique le socialisme, les traditions et la culture de la société chinoise. Ce travail l'a forcé à porter deux chapeaux, photographe officiel des Gardes rouges et photographe indépendant rebelle. Lorsque la plupart de ses collègues ont été obligés de détruire tous leurs négatifs, Li a réussi à les préserver à ses risques et périls. Plus que de simples images historiques, ils véhiculent l'incroyable courage d'un photographe.


Dès l’âge de 22 ans, le photojournaliste Henri Cartier-Bresson (1908-2004) a arpenté les sentiers du monde entier, sans jamais quitter son appareil photo. Ses voyages incessants lui ont permis de capturer le monde entier, notamment la Chine durant le Grand Bond en avant lancé dès 1958. La photographie ci-dessus a été prise à la fin des années 1950, lorsque que Cartier-Bresson a été commissionné par le magazine américain LIFE. L’auteur a capturé les bouleversements de la vie quotidienne des Chinois à travers des photographies en noir et blanc et en couleur.


Marc Riboud (né en 1923) a eu son premier contact avec un appareil photo à l’âge de quatorze ans et est entré dans l’agence Magnum en 1953, ce qui lui a permis de voyager à travers le monde (Amérique, Moyen-Orient, et Asie parmi d’autres). Il a su transcender les frontières séparant le photojournalisme et la photographie d’art en montrant une évidente passion pour ses sujets sans pour autant oublier la distance nécessaire à toute interprétation. La Chine occupe une place atypique dans son parcours puisqu’il va consciencieusement l'observer depuis 1957. Sa série La Chine sous Mao révèle à quel point Riboud était à la recherche de l’imprévisible tout en gardant un regard profondément respectueux envers ce pays et sa population. Voir aussi une page de France 3 sur Marc Riboud ici.


J'ai déjà consacré un billet à Bruno Barbey, un autre photographe illustre de l’agence Magnum. Lors de la visite de l’ancien président George Pompidou (1911-1974) en Chine en 1973, Bruno Barbey est nommé photographe officiel de la presse française. Quelques années plus tard, en 1980, il a accompagné une mission américaine pour le magazine GEO. Il a suivi les déplacements diplomatiques, documentant les rencontres, les grandes métropoles, mais aussi les charmes des paysages des provinces.


Ho Fan (né en 1937 à Shanghai) est un réalisateur et acteur hongkongais. Toutefois il est impossible de passer à côté de ses nombreuses photos expressionnistes et expérimentales qui retracent la vie urbaine du Hong Kong des années 50 à nos jours, mais aussi qui explorent des sujets plus ancrés dans la tradition picturale comme les shanshui (mot chinois signifiant la peinture traditionnelle de paysage), l’abstraction ou les nus. Les photographies de Ho Fan sont tout sauf de la " pure photographie ", il aime à leur ajouter des dimensions dramatiques et expressionnistes, en déformant volontairement les silhouettes, en accentuant les zones d’ombre et de lumière, en altérant la perspective...


Weng Naiqiang (né en 1936 à Jakarta, Indonésie) est arrivé en Chine à l’âge de 15 ans et a débuté sa carrière de photojournaliste dans les années 60. Armé de son Rolleiflex, Weng a représenté la Révolution culturelle et le rouge qui lui est associé. Le fait d’être un grand fan de Mao, et d’être nommé photographe officiel d’un tel événement historique ne pouvait laisser de marbre le photographe. Il n’est donc pas étonnant que son engouement se traduise dans ses photographies aux multiples couleurs vibrantes et dynamiques. Sous Mao, les frontières chinoises avaient fermé leurs portes à toute influence provenant des canons occidentaux de la photographie. Aussi, le but de montrer ce genre d'images n’est certainement pas d’encenser la photographie de propagande mais de comprendre ce qu’était la photographie locale même pendant une période de grand extrémisme. Indéniablement, Weng a représenté une période noire sous un nouveau jour tout en couleur. Cette imagerie à l’orientation clairement idéologique demeure une clé importante pour saisir les pratiques contemporaines, notamment la réappropriation de la symbolique du rouge. 


Niu Weiyu (née en 1927) a débuté sa carrière en tant que photojournaliste dans la Chine des années 1940. Ses portraits qui composent la grande majorité de son œuvre, allient avec talent réalité et poésie ce qui lui permet de saisir non seulement la vitalité des personnages, mais aussi la symbolique sociale de l’époque au travers de leurs activités.


En tant que photographe de l’agence Xinhua, Zhang Yaxin (né en 1933) a été chargé de photographier les opéras-modèles et leur signification politique durant la période de la Révolution culturelle. La série Red Times lève le voile sur les huit opéras officiels qui accompagnèrent la vie des Chinois durant plus de dix ans. Mais au delà de ces visions théâtrales, Zhang Yaxin a représenté également les particularités de la vie quotidienne dans la Chine des années 1960-70, comme des manifestations pro-parti communiste hautes en couleurs, ou la force de travail du peuple chinois. De telles photographies avaient pour but principal de promouvoir l’idéologie révolutionnaire, elles jetèrent néanmoins les bases d’une esthétique codifiée et d’une culture visuelle qui eurent une influence considérable sur plusieurs générations de Chinois.


Ho Fan

Au lendemain de la Révolution culturelle, la photographie documentaire se développa rapidement. Beaucoup de journalistes travaillaient alors pour l'État, et ne possédaient donc pas les droits d'auteur de leur travail. 

Marc Riboud, Beijing 1965

mercredi 25 juin 2014

Mon voisin le siffleur


Presque depuis notre arrivée dans cet appartement en juillet 2013, il y a un son qui me met immédiatement de bonne humeur.
S'il me parvient de bon matin, c'est parfait, je suis en joie toute la journée. Encore mieux si je reçois une dose de rappel durant la matinée ou l'après-midi. Si je ne l'entends qu'à la nuit tombée, ma soirée s'annonce tout de même bien.


Je soupçonnais que ce son provenait des maisons du lilong voisin. Mais qui pouvait bien siffler avec autant d'entrain ? Un homme ? Une femme ? Un ado ? Une vieille femme édentée ? J'ai même abandonné une pizza un soir dès que j'ai entendu le sifflet... qui s'est arrêté quand je suis arrivée dans la rue. Il se manifestait lorsque j'achetais des fruits, je ne pouvais tout de même pas tout abandonner pour le suivre. On n'était pas à Hamelin !


J'avais décidé que ce devait être un homme. Par contre, je me demandais encore s'il s'aidait d'une sorte de flutiau, de ses doigts ou si ce son strident provenait d'une manière particulière de positionner langue, mâchoires et lèvres, une combine chinoise bien efficace pour couvrir le bruit ambiant. Je me voyais faire la connaissance du siffleur, lui demander une démonstration que j'aurais filmée, lui poser des tas de questions pour en faire un article d'enfer.
Il a fallu attendre avril 2014 pour que je le voie, il sifflait en direction des nouveaux arbres du centre commercial. Un homme d'âge mûr qui sifflait avec ses doigts, indifférent aux nombreux passants, aux vélos, aux motos qui partageaient le trottoir avec lui, aux klaxons des voitures. Bien sûr, mon appareil de photo était resté à la maison, bien sûr mon téléphone a une carte-son lamentable, j'ai écouté, j'ai regardé, j'ai pris une photo. Pas d'interview, pas de portrait de ce Li, Wang ou Zhang.


L'autre jour, en sortant du resto de nouilles ouïghour, nous l'avons entendu qui sifflait. J'ai suivi le son qui m'a fait lever les yeux. J'avais mon appareil de photo, je dois avoir oublié de presser sur la touche pour commencer l'enregistrement ou sous le coup de l'émotion l'avoir arrêté trop tôt !

Pour savoir comment siffler : http://fr.wikihow.com/siffler
Pour dire siffler en chinois : 哨子shàozi

mardi 24 juin 2014

Déménagement au pays des surprises


Je pensais que j'étais une routinière du déménagement, déjà deux changements à Shanghai, je ne craignais plus de surprise. Je devrais avoir appris : ici, les surprises ne sont pas surprenantes, elles sont attendues. Quelles formes prendront-elles ? A quel moment vont-elles surgir ? Comment vais-je réagir ?



Surprise N°1
Sur les pages consacrées à nos précédents déménagements (ici et ici), j'ai attaché beaucoup d'importance à l'état dans lequel je laissais l'appartement. L'état de propreté s'entend. Après tout, en Suisse, nous aimons que nos nains de jardin et nos géraniums soient époussetés ; il nous arrive aussi de cacher la poussière sous les tapis, mais c'est une autre histoire.. Propre en ordre est notre devise. Il allait donc de soi que ce dernier appartement devait être rendu dans l'état dans lequel nous l'avions trouvé. J'ai demandé à notre agence d'organiser une ayi qui s'occuperait de tout après notre départ. Comme je ne recevais pas de réponse à mon mail, j'en ai parlé à une amie, qui m'a dit qu'en Asie on rendait un appartement sans le nettoyer. J'ai vérifié auprès d'une autre amie, qui a confirmé, étonnée de ma question. Puis, Fred a fait une petite enquête au boulot. Ben non, pas de ripolinage, "nettoyer la table, donner un coup de de balai et fini." Mais alors, pourquoi son entreprise avait envoyé ses ayis  l'année passée? Pourquoi l'autre agence ne nous a pas remis sur la bonne voie en 2011 ? Pour ne pas nous faire perdre la face avec notre demande ridicule ?


Surprise N°2
Ô bonheur, l'entreprise de déménagement allait venir tout mettre en boîte, nous n'aurions rien d'autre à faire que de surveiller que les employés, emportés par leur enthousiasme, n'emportent pas des objets appartenant à notre propriétaire. Facile... et quel luxe !


Nous avons été vigilants, je crois... j'espère ! Tout était empaqueté, tout pouvait partir pour remplir un container qui voguerait en direction de l'Europe. Oui, mais... il fallait que le propriétaire donne son accord au management de l'immeuble. On peut entrer sans autorisation, mais sortir sans l'aval du proprio, exclu ! Quelques téléphones plus tard, quelques signatures de formulaires officiels plus tard, les déménageurs ont osé sortir nos 67 colis. Mais pas entrer avec le camion dans le compound, pas d'autorisation, ils ont dû porter les colis jusque dans la rue où était garé le camion. Nous avions déjà rencontré ce même problème en arrivant ici, avions alors pensé que nous n'avions pas été bien préparés, ou alors que peut-être la provenance de nos déménageurs (petits et basanés = du Nord du pays) n'était pas assez bien pour des gens de Shanghai. Cette fois, nous avions informé l'entreprise de déménagement d'anticiper, de suivre les recommandations du management pour alléger la tâche des porteurs. Apparemment, cela n'a pas été fait. Ou alors, une petite attention n'a pas été remise au gardien du jour.

Pourtant, certains camions peuvent passer le portail !

lundi 23 juin 2014

Blackstone Apartements



J'ai souvent passé devant un immeuble étonnant, à la fois fastueux et fatigué, plus imposant en hiver quand il ne reste que les branches aux arbres qu'en été où les trois étages supérieurs sont masqués par les feuilles. Ce n'est qu'assez récemment que j'ai appris que cet immeuble avait un nom - Blackstone Appartements - et un passé relativement prestigieux.

En hiver
Construit en 1924 sur ce qui devait alors être la rue Lafayette, cet immeuble de style baroque de quatre étages à façade symétrique est répertorié dans le 4e groupe d'excellence d'architecture historique de Shanghai (!!!). Un grand porche s'étend de la structure au rez de chaussée, soutenu par des colonnes corinthiennes doubles. La terrasse au-dessus du porche est formée de trois arcs. Les murs et certains composants sont faits de pierre noire, d'où le nom "Blackstone Apartments". Elle a abrité l'Agence générale des Nations Unies de secours après-guerre après la Seconde Guerre mondiale. De nos jours, nous sommes à la rue Fuxing, le rez de chaussée est utilisé pour l'administration du district de Xuhui. et des appartements occupent les étages.

En été
Je lis sur Internet que la maison a été récemment rénovée. Les rénovations ont certainement respecté les caractéristiques de ses débuts, mais j'espère qu'elle paraissait plus radieuse à sa construction.

L'entrée, sous l'impressionnant balcon du premier étage
n'invite pas trop à aller plus loin
Depuis peu, exactement en face de Blackstone Apartements, une intrigante construction a été dévoilée. Il a encore fallu attendre quelques mois pour apprendre qu'il s'agit d'une salle de concert pour l'orchestre symphonique de Shanghai.


vendredi 20 juin 2014

Aline, le maillon fort


J'ai trouvé un récent communiqué sur la toile : 
" Shanghai (2 mai 2014) – Les exportations de l'industrie suisse des machines vers la Chine et Hongkong reviennent sur la bonne voie. Au premier trimestre de 2014, les entreprises de ce secteur ont vendu des marchandises d’une valeur de 650 millions de francs suisses en Chine et à Hongkong – une croissance absolue de 89 millions de CHF (ou 13,7%) par rapport à l'année précédente, selon les chiffres de l’Administration fédérale des douanes. « En Extrême-Orient, les entreprises suisses ont atteint une croissance absolue trois fois plus forte qu’aux États-Unis (29,5 millions de CHF) et à peu près équivalente à celle enregistrée en Allemagne (90,5 millions de CHF, + 4,7%), de loin le marché le plus important pour la Suisse », analyse M. Nicolas Musy, directeur général du Swiss Center Shanghai (SCS), organisation suisse à but non lucratif, le plus grand pôle d'entreprises suisses en Asie. Après la stagnation des exportations vers la Chine l'année dernière, la demande a rebondi. Au total, les exportations suisses vers la Chine et Hongkong ont augmenté, d’une année à l’autre, de 12% au premier trimestre 2014. [...] "

Pas étonnant que La Chine séduise, attire, fasse rêver, la Chine est un terrain d'expansion idéal pour beaucoup d'entreprises suisses. Mais la Chine est compliquée. Faciliter l'entrée sur le marché chinois et y installer une PME ici pourrait relever du parcours du combattant, rechercher du personnel, prospecter pour des locaux, identifier les fournisseurs, lever les barrières administratives, chaque étape est semée d'embûches. Des procédures longues et compliquées pour nous, Occidentaux. 

Et c'est là qu'intervient Aline qui a revêtu le costume du Swiss Center Shanghai (SCS) pour connecter ces PME au marché chinois, Aline le maillon fort qui va faciliter l'installation d'une entreprise suisse en Chine. Je suis persuadée que pour ces PME, les pouvoirs d'Aline tiennent du miracle :
  • sa super-force qui la rend capable d'exploits divers, jusqu'à offrir des locaux pour démarrer;
  • sa super-vitesse qui lui permet de se déplacer, de réagir, de réfléchir et faire un tas d'autres tâches à des vitesses extraordinaires, en tous cas pour des "petits Suisses" que j'imagine bien perdus et naïfs, comme je l'étais à mon arrivée;
  • sa super-endurance grâce à laquelle elle peut discuter, négocier, argumenter  avec des autorités locales, pendant une longue période sans jamais être épuisée. Il lui arrive toutefois de s'énerver, avoue-t-elle en riant de cette faiblesse;
  • sa super-mémoire lui permettant de se souvenir de tas de mots chinois,  phrases et et formules acquises à l'Université de Suzhou, qu'elle complète encore en suivant des cours le dimanche. La langue, un outil indispensable pour être une Operation manager crédible.
  • sa super-intelligence lui permettant de connecter des ministres, des ambassadeurs, des chefs d'entreprises, à un réseau d'experts, avec conviction, respect et spontanéité. Des opérations qui me paraissent ultra-complexes.

Aline et moi avons au moins un point en commun, nous venons de la même ville. Parlons la même langue, le même accent, les mêmes régionalismes. En connaissons les gens, les idées, les racines que nous avons mises dans nos bagages pour venir en Chine. Partageons amusements, excitations, et parfois frustrations, puisque nous réagissons à l'environnement ambiant avec les mêmes clés de déchiffrage.

Elle m'a un peu aidée à comprendre comment un si petit pays, le nôtre, pouvait avoir autant d'organisations à Shanghai. Cependant, je ne suis pas sûre que si j'avais une PME, je saurais à laquelle m'adresser. Pas encore.

Swiss Center Shanghai
Swissnex
Swiss Chamber of Commerce
Swiss Club Shanghai
Consulat Général de Shanghai