Pour qui? Pour quoi?


A peine arrivée, j'ai eu envie de rédiger et d'illustrer nos découvertes et notre nouvelle vie. Pour ceux que ça intéresse, mais aussi pour nous, des fois que nos mémoires nous jouent des tours.

lundi 22 août 2011

Xi'an : quelle aventure!

Plan du métro de la ville de Xi'an. Nous ne l'avions pas lors de notre visite, pour la bonne raison que seule la ligne 1 (bleue) est en construction. Ouverture prévue du métro 2012-2013 (le plan plan figure toutefois déjà sur Internet!). 
On voit l'arrêt "gare du nord" en haut du plan, alors que la gare centrale se trouve en haut à droite du rectangle central qui représente la vieille ville. 


Avant même de commencer cette dernière partie sur Xi'an, j'aimerais rappeler que Xi'an n'est pas un petit hameau de 3 fermes, mais une ville chinoise, donc grande, ou grandissante, la vingtième du pays semble-t-il en plein développement.

Notre virée ne concerne pas que la ville, mais comprend un saut Hua Shan. Pour s'y rendre il faut parcourir les quelque 120 km, par la route ou le rail. Nous choisissons le rail. Nous avions prévu de planifier gentiment notre séjour à notre arrivée, mais le retard de notre vol et les prévisions météo en décident autrement. Allons à Hua Shan dès le lendemain, puisqu'il pourrait s'agir du dernier jour de beau temps, et, par conséquent, achetons nos billets de train sur le champ. Le personnel de réception de l'hôtel nous explique comment nous rendre en bus à la gare et nous imprime une liste de trains allant de A à B que nous allons étudier sur une terrasse en sirotant un jus. Parfait!

Sauf qu'en examinant la liste des trains, tous les trains rapides partent de Xi'an gare du nord, alors que nous avons les instructions pour aller à la gare centrale. Nous pensons que nous pouvons aller acheter nos billets à cet endroit, mais quand nous sommes en préparation de voyage, nous aimons bien déjà connaître le chemin et nous repérer dans la gare, ça pourrait gagner du temps. En route pour la gare du nord en taxi, ce sera plus simple.

Nous nous postons au bord d'une rue bien fréquentée. De nombreux taxis arborant la traditionnelle lumière verte sur leur toit (= taxi libre) passent devant nous, sans s'arrêter. C'est vrai qu'ils transportent déjà des passagers. Et si le chauffeur de taxi faisait parfois des courses au noir? Fred propose alors de nous mettre chacun d'un côté de la route pour augmenter nos chances. De mon côté, de nombreux taxis... qui ne s'arrêtent pas et un taxi dont le chauffeur est honnête, mais peu utile : "La gare du nord? Oh, je n'y suis jamais allé, je ne peux pas vous y conduire." Du côté de Fred,  de nombreux taxis... et une voiture privée qui s'arrête. Il me fait signe d'aller le rejoindre, deux charmantes jeunes filles sont d'accord de nous conduire à notre destination.


La passagère parle anglais, mal dit-elle, mais toujours mieux que nous le chinois. La conductrice dit ne pas savoir l'anglais. Nous faisons un peu connaissance, vous êtes d'où? vous êtes de Xi'an? vous faites quoi, ce genre de choses. La conductrice est médecin, nous dit la passagère et elle est étudiante. Très bien. Nous passons vers la gare centrale, clignoteur. Moi avec ma carte à l'appui: "Non, non, c'est à la gare du nord que nous voulons aller." Ah, la gare du nord... La passagère cherche sur le GPS de son téléphone. Et nous avançons. Les bouchons de la ville se débloquent, le trafic devient plus fluide. Et nous avançons tout en bavardant de choses et d'autres.


Comme les lumières de la ville et celles qui bordent la (grande) route se raréfient, nous demandons si la gare est encore loin. "Non, plus très loin, 5 minutes", nous dit-on en nous montrant l'écran GPS qui se déconnecte à ce moment même. Zut. Dans la pénombre, j'essaie de lire ma carte. Difficile. Surtout que je ne sais pas depuis combien de temps on roule ni quelles sont les routes que nous croisons. TOC. Le verrouillage automatique des portes retentit. Ce simple bruit provoque en moi un sentiment d'inquiétude que j'essaie de calmer avec du bon sens. Et je répète : "Est-ce que la gare est encore loin?" "Non, plus très loin, 5 minutes". Il fait de plus en plus noir et nous quittons la grande roue, pour une plus petite route, plus sombre, sur laquelle vraiment peu de voitures circulent. Mais on va où? "Vous êtes sûres que nous allons bien à la gare du nord?". "Oui, oui, nous sommes presque arrivés." "Comme ça dans la nuit? avec une si petite route?" "Vous êtes à Xi'an, ici, pas à Shanghai, ce n'est pas pareil!" J'essaie de raisonner, si la gare est tellement loin et que nous avons eu tant de peine à trouver un taxi, pour le lendemain ce sera aussi difficile. Faisons demi-tour et prenons un train "normal" depuis la gare "normale". Je le dis à Fred qui acquiesce et aux filles qui trouvent que maintenant qu'on a fait autant de chemin, ce serait bête de faire demi-tour. De toutes façons, on est presque arrivés. "A peine 5 minutes." Mon inquiétude se transforme en panique. D'autant plus que la petite route se transforme en piste non goudronnée, pas éclairée, à part par les camions que nous croisons. En vrac, les questions qui me turlupinent : Pourquoi se sont-elles arrêtées pour prendre Fred? Où nous emmènent-elles? Comment une gare si moderne avec des trains si avant-gardistes peut-elle est reliée à Xi'an par une PISTE? Comment retourner à la lumière, en ville? Ma panique se déverse sur Fred, vu que je pense (ou essaie de penser) à voix haute. Nous redemandons de retourner à la gare centrale. Non exclu. "But we are not the bad guys!" (Nous ne sommes pas de mauvaises personnes). Nous, en chœur : "Non, bien sûr que non! Mais cette route est quand même bizarre." "Ah mais, Xi'an n'est pas à Shanghai, ce n'est pas pareil!" Fred me dit de me tenir prête à bondir de la voiture si on arrive à ouvrir les portes. Quelle histoire!

Au loin, une lueur. Fred me donne le signal et nous bondissons de la voiture. Elle ne roulait pas vite, pas d’atterrissage en douleur. La lueur, c'est une tente de chantier avec trois gars dans la nuit noire qui regardent avec étonnement ces étrangers qui déboulent d'une voiture. Nous leur demandons où est la gare, ils nous la montrent dans le loin. Nous demandons où nous pouvons trouver un taxi, ils indiquent la piste que nous venons de suivre avec un sourire. Et pendant ce temps, les filles se sont arrêtées, nous demandent de revenir dans la voiture, qu'elles vont nous reconduire en ville. Fred appelle son fidèle collègue Johnny qui lui passe un petit savon d'avoir accepté de monter dans une voiture inconnue. La passagère est sortie de la voiture et nous supplie de remonter dans la voiture. Fred lui passe le téléphone avec Johnny à l'autre bout.


  video

L'affaire s'arrange. Nous prenons congé des trois gars dans leur tente et remontons dans la voiture. Les filles nous ramènent à Xi'an et nous sommes connectés périodiquement à Johnny. Nous sommes soulagés qu'elles sachent que nous ne sommes pas seuls dans cette immense Chine. Parce que dans le fond, nous ne comprenons pas vraiment ce que ces filles cherchaient ou ce qui s'est passé. Lors du voyage de retour, toute monde s'excuse, enfin surtout la passagère et Fred. Elle parce qu'elles nous ont fait peur alors qu'elles ne voulaient que nous rendre service, lui parce que nous avons paniqué. Je marmonne sûrement un petit truc pour faire bonne façon, mais j'avoue, je n'ai juste pas envie de respecter pleinement les règles de savoir vivre chinois en faisant semblant que tout ce qui s'est passé est de ma faute. Je bloque, je deviens bornée. Il faut dire pour ma défense que j'ai drôlement eu peur, la première fois en Chine, la première fois depuis bien longtemps. Et quand je ne comprends pas, je suis bornée. Je ne comprends pas pourquoi elles ont tellement voulu nous rendre service, je me demande même si nous avions été tous les deux du même côté de la rue, elles se seraient arrêtées. Sont-elles aussi naïves que ça? Jeunes et jolies comme elles le sont, c'est quand même un peu dangereux de prendre des étrangers en voiture pour les emmener dans des endroits éloignés et sombres. Il y a quand même quelques étrangers vite émoustillés qui n'auraient pas eu peur, eux! En tous cas, c'est ce que je leur dis.

Une fois que cette histoire est dépassée, elles nous conduisent à la gare centrale, viennent même avec nous acheter des billets. En fait, les queues sont tellement longues qu'elles y vont à coup de charme auprès d'un gars près du guichet pour qu'il achète deux billets en plus pour nous. Et nous raccompagnent dans notre quartier. La discussion tourne maintenant autour du repas, on les invite, veulent-elles venir, oui, non, non, oui. C'est finalement  non et j'en suis soulagée, j'en ai un peu marre de ces filles!


Sans rancune...
Photo prise dans le sous-sol de la gare centrale

Quand même un mot de la gare du nord. Notre guide mentionnait qu'elle était en construction. Quand nous avons passé tout près après avoir réintégré la voiture, nous avons vu un chantier. Et si elle n'était pas prête? En tous cas, les routes y conduisant ne le sont pas, ni les panneaux le long des routes existantes. Nous partons donc de l'idée que la gare n'est pas en fonction. Pourtant, une fois à Hua Shan, on nous a demandé si nous voulions retourner par train normal ou à grande vitesse (sur la gare du nord!). Doute... Qu'est-ce qui est vrai?



Une fois de retour à Shanghai, je fais des recherches. Un article de journal du Global Times me renseigne. "Xi'an gare du nord, la plus grande gare du nord-est de la Chine, a été inaugurée le 11 janvier [2011]. La gare accueillera principalement les trains à grande vitesse et 70 millions de passagers. Située dans le nord d Xi'an, la gare de 336,600 m2 comprend 3 bâtiments et 34 quais." Je me demande vraiment si nous étions au bon endroit.





Ceci m'amène à une autre (et dernière) réflexion sur le sujet. Nous l'avons vu, les filles avaient un GPS qu'elles ne maîtrisaient pas trop bien. Nous avons rencontré d'autres Chinois qui étaient fiers de l'outil, mais ne savaient pas trop qu'en faire. La plupart des chauffeurs de taxi n'en sont pas munis et se débrouillent très bien ainsi. Nous, quand nous allions à l'école, devions apprendre à lire une carte. Certains y parviennent, d'autres pas, comme les livrets ou l'accord des verbes. Mais les cartes font partie de notre environnement. En Chine, pas du tout. Il n'y a pas eu de passage entre la carte embêtante qui se replie mal et le GPS. Par conséquent, ce bel outil fournit des informations que certains Chinois ne savent pas utiliser. A mon avis, les deux filles en en faisaient partie car en revenant vers la ville, elles se sont encore trompé de chemin à plusieurs reprises.




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